Les maisons-fortes : on ne peut exiger d'une population éparpillée qu'elle se regroupe en agglomération si en premier lieu, on ne lui donne pas la possibilité de construire de nouvelles maisons mais en observant certaines contraintes. Il apparaît clairement en effet, que l'habitat en question sera de type modulaire et standard. Cette unité de construction a la forme d'une tour carrée et si d'aventure par la suite elle demeure isolée, l'appellation de « pigeonnier » (par ressemblance) lui restera. Le module de base est constitué de la façon suivante :

-  au sol, une pièce « aveugle » en principe voûtée, dont les seules ouvertures étroites sont des meurtrières ; l'accès se fait par le plafond. Cet élément est souvent encastré dans le rocher donc en semi-remblai surplombant une rue ou un chemin ;
-  au dessus se situe la pièce à vivre principale, à la fois salle et cuisine, sans oublier la trappe permettant d'accéder à la cave ; elle seule possède une porte ouverte vers l'extérieur et en secteur plat on y entre par une échelle amovible ;
-  encore au dessus est une dernière pièce servant de chambre à coucher et accessible par un très étroit et raide escalier maçonné ou une échelle de meunier. Enfin, chapeautant le tout, un toit monopente à tuiles-canal protégeant un grenier.

Pour les familles nombreuses, deux modules ou plus, seront juxtaposés et parfois légèrement décalés en hauteur en raison des irrégularités du substrat rocheux. De telles additions ont pu être prévues d'origine mais le plus souvent elles sont intervenues par la suite et rendues communicantes latéralement. Ce sont ces maisons modulaires surtout celles s'alignant dans le prolongement des murailles de défense qui complèteront le système de fortification, d'où leur nom de maisons-fortes. En réalité, c'est l'inverse qu'il faut comprendre : celles-ci ont d'abord été construites au gré du relief mais sans ordre préconçu et ensuite seulement, l'édification de murailles est intervenue pour compléter le dispositif et souder l'ensemble. A noter que toutes les habitations seront conçues d'après ce plan même celles se situant à l'intérieur de l'enceinte. Sans doute pour accabler de flèches un ennemi qui aurait franchi celle-ci, même au fond de la dernière ruelle !

Granges et écuries seront construites de façon identique, surmontant à l'origine des caves voûtées et aveugles. Très tardivement certaines seront transformées en appartements et surélevées (cas par exemple, du château dit « d'habitation » de l'hoirie Paban, de l'auberge, de la maison des hoirs Conil / Bresch,…). En plus, les maisons actuelles repérables comme anciennes maisons-fortes au village, en dépit de transformations ultérieures mais possédant toutes des caves voûtées pourvues de meurtrières (éventuellement bouchées ou au contraire agrandies), sont celles des familles : Augier, Bordesoules, Dalmasso, l'îlot Daumas-Roux / Jeannot, Gondran, Roman (Antoine) / Jourdan et enfin la mairie, ancien presbytère. Certaines ont été beaucoup trop modifiées pour être reconnaissables mais en faisaient probablement partie : celles de l'îlot, Roman (Bernard) / Amalberti / Raybaud, de Motto ou de l'îlot Pourchier / George, dans le prolongement de la mairie.

Cette rubrique ne peut s'achever sans évoquer une peinture du village datant de 1850 environ (tableau appartenant à la famille DURAND de LA PENNE). Elle conduit à faire deux constatations :

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La Penne vers 1850

-  primo, toutes les habitations autres que celles qui viennent d'être énumérées, n'existaient pas encore à cette date. Beaucoup seront construites suite aux « grands travaux » d'urbanisme qui remodelèrent assez profondément le village vers 1870 ;

-  secondo, plusieurs grosses maisons probablement « fortes » présentes encore en 1850 ont disparu depuis, notamment un important groupe situé dans l'Est de l'agglomération, au point que son centre de gravité s'y trouvait déplacé. Des modules amalgamés ou juxtaposés s'alignaient sans discontinuité depuis le jardin d'Authier / ancien four Conil, enjambaient la route (porte B), occupaient l'emplacement des jardins Blanchard et Roux Denise, puis bifurquaient à angle droit pour se souder à l'îlot Pourchier-George déjà mentionné ci-dessus. Enfin, deux maisons bouchaient l'intervalle entre l'église et l'auberge (ancien bâtiment, ex-Caramagnol).

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La Penne actuellement

Extrait de : La Penne en Val de Chanan, fascicule 5 - La Penne burgonde, Claude Augier - 2000 Ed. Sud Création
photos : Frédéric Augier © février 2005