Les murailles de défense : il faudra préférer cette expression plutôt que le terme de « rempart » un peu trop prétentieux, pour désigner l'enceinte du village. En effet, il s'agit d'un simple mur de trois à quatre mètres de haut et atteignant à peine un mètre d'épaisseur. A intervalle, il était percé de meurtrières pratiquement à hauteur d'homme et ne nécessitait donc pas de coursive. Il n'en subsiste que deux éléments ruinés au sommet du village, plus l'encadrement plein cintre d'une ancienne poterne. Ce n'est pas facile mais les indices existants permettent néanmoins de proposer un schéma d'ensemble de ces fortifications (cf. shéma) .

Le système de défense était de type mixte, c'est-à-dire qu'il combinait en les juxtaposant, une succession de murailles et de maisons-fortes, histoire de joindre « l'utile au désagréable » ! Partons du point culminant du village où se situe le belvédère et se dresse le fameux pigeonnier (seconde édition du XIXème) construction hautement symbolique et qu'une légende particulièrement tenace, persiste à vouloir considérer comme la transformation d'un « ancien donjon » ; idée facile et tentante à proposer bien sûr …

Le belvédère en question, constituait un site naturel d'observation qui ne supportait aucun édifice. Point de vue ultime et plongeant, il permettait déjà d'exercer une surveillance tout azimut bien suffisante. Il n'aurait servi rigoureusement à rien de le surélever de quelques mètres au moyen d'une petite tour de guet pour en augmenter artificiellement la portée ! le belvédère était fortifié dans la mesure où il constituait un point de départ pour les murailles de défense qui se refermaient sur lui, formant un angle droit. Sa branche orientale suivait la falaise surplombant l'ibac de La Penne sur quelques dizaines de mètres, puis bifurquait vers le Sud en bordure de la propriété d'Authier pour rejoindre un bloc de maisons-fortes chevauchant la route d'accès à la place du village (entrée B).

Le mur de défense du belvédère

Ensuite, il faut contourner une agglomération de maisons pour retrouver la muraille au delà de l'église paroissiale dont l'abside-tour percée de meurtrières et en saillie, était intégrée au système de défense. A peu de distance d'une dernière maison-forte s'appuyant contre l'église, la muraille devenait bifide pour laisser place à deux murs de soutènement disposés en espalier et peut-être crénelés à l'origine. Celui du bas étayé par de nombreux contreforts, s'appuie sur le jardin de J.C. Paban. Il était percé par la principale porte d'accès au village (A ; bouchée en retrait depuis) dont le portique s'est effondré il y a quelques années. Cette voie d'accès en larges escaliers, était rapidement couverte par des maisons-fortes et rejoignait le « pontis » actuel. L'autre mur de soutènement qui relaie le précédent vers le haut, est constitué par une série d'arches formant niches ; il s'appuie contre le pré dit « du château ». Un large escalier tournant aujourd'hui semi-ruiné, permettait de relier les deux plans. Quant à la muraille proprement dite, elle barrait à la perpendiculaire et vers l'Ouest les deux murs précédents, pour remonter vers le Nord en formant un L renversé. Elle se terminait sur la seule poterne encore debout du village, au coin du cabanon de C. Augier et servant de portique d'entrée à la propriété de G. Giraud (entrée D). Enfin, la muraille reprenait après un angle droit au moins sur quelques dizaines de mètres jusqu'à un ancien calvaire en fer forgé et un ancien substratum maçonné aujourd'hui disparus mais que nous avons connus. Ensuite il faut retourner au belvédère.

La Poterne
La seule des quatres portes du village encore debout

La branche occidentale de la muraille de défense suivait aussi en surplomb le ravin de l'ibac, en contournant par le Nord la propriété J. Bruschi après avoir longé l'escalier d'accès au belvédère aujourd'hui presque totalement éboulé. Un peu plus sinueuse, elle s'appuyait sur un banc naturel et conglomératique de la base de l'Eocène, redressé à la verticale et remontant vers le Castauras. Presque arrivée sur le plateau, elle s'appuyait sur une autre poterne d'accès au village (entrée C), aujourd'hui disparue mais il en reste le remblai maçonné incrusté dans la ravine adjacente. De là partait le chemin muletier conduisant à Chaudol ; pratiquement horizontal, il suivait une courbe de niveau à flanc du large ravin marneux de l'ibac de La Penne. Vu la nature du terrain et faute d'entretien, ce chemin a complètement disparu, lessivé par l'érosion. Par contre, il est toujours là et reprend dès que l'on entre dans la partie demeurée boisée mais dépendant maintenant de l'ibac de Chaudol. Une question importante se pose maintenant : comment se reliaient les deux branches de muraille ? Ou, comment joindre les deux dernières poternes d'accès C et D qui viennent d'être placées ? Si ces portes existaient, c'est bien parce que des murs adjacents existaient aussi… ou étaient prévus !

La raison d'être d'une enceinte de protection est bien de pouvoir se refermer sur elle-même ou contre un obstacle naturel. Or, entre la poterne « Giraud » et celle donnant accès à Chaudol, se situe le Castauras et la partie la plus sensible du système de défense pennois. Le plateau domine le village et s'il n'est pas barré, autant faire son deuil de toute idée de vouloir fortifier le site. Oui mais voilà ! Pour achever le travail il eut fallu construire dans des conditions très difficiles et coûteuses pour tous les intervenants : escalader la forte pente rocailleuse permettant d'atteindre ledit plateau puis sur le plat, suivre la ligne de brisure séparant sa partie plane de la pente qui rejoint le village ! Nous avons vainement cherché sur ce trajet et alentour la trace de la moindre fondation. Aussi notre hypothèse est que la ceinture fortifiée du village de La Penne ne fut jamais achevée. D'autant que la bonne volonté des habitants corvéables avait eu largement le temps de se saturer par d'autres travaux imposants et imposés qui les concernaient plus directement et en priorité, à suivre…


Extrait de : La Penne en Val de Chanan, fascicule 5 - La Penne burgonde, Claude Augier - 2000 Ed. Sud Création
photos : Frédéric Augier © février 2005