Nos amis du Grain de Sel, l'association citoyenne pugétoise, ont organisé à 6 jours du premier tour des élections législatives un grand débat entre les postulants au siège de député à l'Assemblée Nationale de la cinquième circonscription (Nice Montagne).

Retour sur cette soirée à laquelle ont participé, devant les micros de la radio Grimaldi FM et les caméras de France 3, Paul Cuturello (PS), Francis Tujague (PCF), Karine Lambert (UDF-MoDem), Jeanine Thiémonge (les Verts), Loïc Fortuit le suppléant de Pascale Gacem (LCR) et enfin Yves Bartois, représentant Jean-Jacques Rémond (CPNT). Patrice Miran pour le MEI, un temps attendu n'a finalement pas participé. Il est à remarquer aussi l'absence du député sortant et candidat à sa propre succession, Christian Estrosi ou de son suppléant.

Emploi et Services Publics étaient les deux grands thèmes retenus par les organisateurs et arbitres du débat. Le Grain de Sel rappelait en préambule aux candidats que les habitants du bassin pugétois ne trouvent pas de travail sur place, et que les services publics locaux, grands pourvoyeurs d'emplois, ont quitté Puget-Théniers (EdF, France Télécom), vont le faire (DDE), ou ont réduit les effectifs au détriment de la qualité du service (La Poste, l'Hôpital). Chaque candidat était donc invité à tour de rôle à développer brièvement son programme, puis à répondre aux questions de l'auditoire.


Sur l'emploi d'abord, ont leur demanda de détailler leurs mesures pour, d'une part permettre d'accéder à l'emploi, d'autre part pour le péréniser (type de contrat) et enfin pour développer l'emploi en milieu rural. Tous s'accordèrent pour dénoncer la politique actuelle de l'emploi et la précarisation du travail développée par les gouvernements successifs ces cinq dernières années. Il est à regretter que le candidat UMP et ex-ministre du dernier gouvernement n'était pas là pour expliquer son action dans ce domaine.

Karine Lambert pour le MoDem insista sur la formation, accessit à l'emploi. Elle propose de revaloriser les filières professionnelles, les formations en alternance type BTS et DUT, et propose de confier une mission d'insertion professionnelle à l'Université. Comme type de contrat, elle souhaite, comme François Bayrou, que le CDI soit la règle. Elle préfère revenir sur la multiplication des emplois aidés, et réorienter le soutiens vers les entreprises, particulièrement les PME/TPE en offrant une exonération de charge sur les deux premiers salariés. Cette mesure aurait un effet immédiat sur l'emploi, et notamment dans notre milieu rural, dans l'artisanat ou l'agriculture.

La candidate écologiste, favorable aussi au CDI, appelle à une vraie réforme et des moyens pour l'Éducation Nationale. Elle précise aussi que le programme des Verts est porteur d'emplois en milieu rural, avec une réorganisation de l'agriculture.

Francis Tujague pour le PCF souhaiterait mettre en oeuvre une vraie politique de l'emploi, ce que ne sont pas parvenus à réaliser les précédents gouvernements, peut-être parce qu'ils ne remettaient pas assez en cause la logique libérale. Aux atteintes portées au droit du travail par Nicolas Sarkozy il propose la création d'un système de Sécurité Emploi/Formation, permettant au salarié précarisé de pourvoir rebondir grâce à des périodes de formations avec sécurité du revenu. Et pour développer localement l'emploi, il souhaite inverser la tendance en redéveloppant les services publics mais aussi en diversifiant l'emploi azuréen. Actuellement tourné vers le "tout touristique et le tout technologique", il souhaite que celui-ci se développe aussi dans la branche agricole, dans l'artisanat ou dans les services d'aides à la personne (petite enfance, personnes handicapées, personnes âgées).

Sur les contrats de travail, Loïc Fortuit reprend la proposition d'Olivier Besancenot, à savoir un CDI "garanti à vie", un contrat de travail avec une "sécurité sociale de l'emploi". La LCR propose aussi une redistribution du travail s'accompagnant d'une réduction du temps de travail. Ceci afin de pouvoir "travailler tous" et non "travailler plus pour gagner plus". Le candidat suppléant souhaite aussi réformer l'université, afin qu'elle propose enfin des formations adaptées au monde du travail.

Paul Cuturello s'est lui aussi montré très critique sur la politique destructrice d'emplois des gouvernements Raffarin, Villepin et Fillon. Même si la CPE a pu être évité, il s'inquiète des dernières déclarations de Nicolas Sarkozy sur la défiscalisation des heures supplémentaires ou sur le contrat unique avec droits progressifs, qui généralisent la précarité puisque les patrons sont indirectement incités à employer à temps partiel et à renouveler le personnel avant que celui-ci n'obtienne l'ancienneté nécessaire dans l'entreprise lui ouvrant des droits renforcés. Il propose donc à l'inverse de généraliser le CDI, d'attribuer des moyens pour permettre aux jeunes sans formation d'accéder à un premier emploi. Et, comme l'emploi est lié à la consommation, il souhaite augmenter le pouvoir d'achat des citoyens, notamment en agissant sur le levier fiscal.

Le candidat de Chasse Pêche Nature et Tradition, un parti essentiellement rural, veut redévelopper l'apprentissage des métiers manuels et techniques. Il souhaite aider à la création de micro-entreprises par une baisse des charges sur du plus long terme (au moins 3 ans) et organiser des pépinières d'entreprises. Enfin, il veut que la passation d'entreprise puisse se faire simplement, qu'un petit entrepreneur arrivant à la retraite puisse transmettre son activité dans de bonnes conditions afin que l'emploi soit préservé.

Après avoir développé leurs différentes propositions, les candidats furent interpellé par un auditeur, travaillant dans le secteur privé de la santé. Ce dernier en est arrivé à "cumuler" deux emplois à 35h, tant le secteur manque de personnel qualifié. Guère surpris par les conditions de travail et le déficit de travailleurs dans ce secteur (Nice-Matin du jour revenait sur ce problème dans un grand article), tous les candidats se sont accordés à dire qu'il fallait revaloriser les salaires dans cette branche afin de la rendre plus attractive. Il en est de même pour le secteur public de la santé : un jeune employé de l'hôpital de Puget-Théniers faisait remarquer que sa mère, en fin de carrière dans le même hôpital ne touche que 250 € de plus que lui. Il s'interroge donc sur ses possibilités limitées d'évolution et de carrière à l'hôpital. Sa remarque permit aux participants au débat de plonger dans le deuxième grand thème proposé par les organisateurs : le Service Public

Nathalie Grilli, l'une des animatrices du Grain de Sel interpella les candidats sur la proposition de Nicolas Sarkozy de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux. Proposition inquiétante dans une circonscription rurale comme la notre, qui compte de nombreux employés du service public et de personnes âgées ou isolées dépendant de ces services. L'animatrice demanda s'il y avait un moyen d'inverser la tendance et posa la question du financement de ces emplois, sachant que Nicolas Sarkozy a aussi promis une baisse des impôts.

La candidate UDF-MoDem est contre la proposition de Nicolas Sarkozy, mais veut néanmoins diminuer la part de la fonction publique, même dans les campagnes isolées. Mais cette diminution doit se faire dans les administrations où cela est possible, notamment par l'informatisation (par exemple les impôts), sans toucher aux administrations ayant une mission régalienne (comme l'éducation ou la santé). Elle souhaite d'ailleurs que l'État établisse des plans pluriannuels de fonctionnement pour ces services primordiaux. Elle espère que les moyens dégagés par les postes "économisés" dans certaines administrations puissent renforcer les services publics qui en ont besoin. Il est à noter que ces propositions de réduction de personnel dits "papier", remplacés par des services informatisés de télé déclarations ou de télé demandes de documents administratifs n'a pas reçu l'approbation du public pugétois. En effet, la population est ici assez âgée et ne maîtrise pas l'outil informatique. De plus, nous le savons bien, malgré les déclarations de l'ex-ministre de l'aménagement du territoire et candidat sortant, la 5è circonscription des Alpes-Maritimes est l'un des territoires français où le réseau de télécommunications est le moins développé. En raison de la géographie, mais aussi pour des questions de rentabilité, beaucoup de villages ne peuvent être raccordés à internet en ADSL et aucun autre déploiement de technologies haut-débit nouvelles (wifi, wimax, CPL) n'est en projet.

Jeanine Thiémonge des verts, opposée elle aussi à la proposition du nouveau président de la République, souhaite renforcer la fonction publique en milieu rural par la création de portails uniques de l'administration.

Francis Tujague s'en prend aux causes de la dégradation du Service Public : il remet en cause les décisions prises au niveau européen qui assimile les missions du secteur public à des activités soumises au marché concurrentiel, et qui doivent donc être compétitives. Il propose par ailleurs d'augmenter de façon sensible les moyens accordés à la fonction publique par l'impôt, en s'attaquant au bouclier fiscal cher aux soutiens "people" de Nicolas Sarkozy, mais aussi en taxant les revenus du capital.

La LCR est sur la même longueur d'onde concernant le financement, qui doit reposer sur l'impôt sur le revenu. Dénonçant les privatisations passées et prochaines de certains pans des services publics (énergie, communication, eau), Loïc Fortuit propose de revenir dessus, notamment pour les services de gestion de l'eau. En effet, les multinationales gérant notre eau augmentent les tarifs et diminuent la qualité du service sur le seuil de la rentabilité et du profit. L'eau, sa collecte, sa distribution et sa qualité est vitale pour l'Homme et son développement. Elle ne doit pas être considérée comme un simple produit de consommation soumis à la loi du marché.

Paul Cuturello souhaite lui aussi développer les services publics, notamment au niveau de la petite enfance, mais aussi les redéployer dans le cadre de l'aménagement du territoire, afin de maintenir écoles et hôpitaux dans les zones rurales. Le candidat socialiste, comme son homologue de la LCR, milite pour le retour d'un pôle public de l'énergie. Il souhaite voir stopper la privatisation d'EdF.

Le candidat chasseur a lui aussi dénoncé la disparition des services publics en milieu rural par manque de compétitivité, illustrant ses propos avec humour en racontant le braquage d'une banque dans le haut-var. Les malfaiteurs avaient pris soin préalablement de cadenasser les deux gendarmes du village dans leur local situé à 150m de la banque. Bien qu'ayant donné l'alerte assez tôt, les renforts de gendarmerie, basés à l'autre bout du département, sont arrivés trop tard. Yves Bartois déplore ainsi la fermeture de nombreuses gendarmeries dans le haut-var et les conséquences sur la sécurité.

Les candidats furent alors interpellés par une travailleuse sociale exerçant dans une association de réinsertion présente dans la salle. Cette dernière déplorait le manque de moyens attribués à ce type d'association, mais aussi le peu de personnel qualifié ou l'absence de logement sociaux à proposer aux personnes suivies par l'association. En réponse Karine Lambert souhaite un financement fixe des associations à vocation sociale (elles sont actuellement financées sur étude d'un projet, projet qui doit être rentable). Concernant les logements sociaux, elle propose que 25% du bâtit neuf soit réservé au logement social, quelque soit le quartier où est construit l'immeuble. C'est pour elle un moyen de favoriser une mixité sociale. Le candidat de la LCR va plus loin encore, proposant d'intégrer les associations à vocation sociale au sein de la fonction publique.

Nous le voyons, dans l'ensemble, les candidats présents au débat faisaient les mêmes constats alarmistes sur la politique de l'emploi et des services publiques défendue par Nicolas Sarkozy. Ils proposaient tous une action opposée aux décisions prises depuis 5 ans et aux orientations à venir. Une divergence est apparue entre la candidate écologiste (pro traité constitutionnel) les autres protagonistes (tous nonistes, même Paul Cuturello au sein de son parti). C'était à propos du rôle de l'Europe mais ce n'était pas à l'ordre du jour du débat. Nous avons aussi vu Karine Lambert se défendre avec véhémence de toute connivence avec la politique de Nicolas Sarkozy, lorsqu'un des candidats lui rappela que François Bayrou avait voté les budgets de 2002 à 2005. Mais là aussi on était un peu "hors sujet".

Finalement, l'absence du candidat UMP, donné favori de l'élection, est plus que regrettable. L'auditoire, composé nous l'avons vu de nombreux travailleurs en milieu hospitalier ou social, dénonçant leurs conditions de travail, inquiets sur leur avenir, aurait apprécié interroger celui qui probablement appuiera l'action de Nicolas Sarkozy dans ce qui ressemble à un démantèlement des services publics et à la précarisation de l'emploi sur Puget-Théniers. L'auditeur que j'étais aurait aussi apprécié le voir confronté à des contradicteurs, élus de terrain sur sa circonscription ou bons tribuns. Quelques bons mots auraient sûrement fusé…

La soirée se terminait tardivement et cordialement autour d'une pissaladière et d'un verre de rosé, offerts par les membres du Grain de Sel. Félicitations aux organisateurs pour avoir monté si rapidement et animé un tel débat.

Retrouvez l'extrait du journal de France3 Côte d'Azur consacré au débat.