A l’origine qui remonte aux parlers nordiques du début de notre ère, ce patronyme correspondait à un surnom traduisant à la fois une fonction et un rang. En effet, l’étymologie se calque sur les racines germaniques :

Adal = noble / gari = lance

A une époque où les peuples « barbares » envahissant l’Europe et bousculant les légions romaines étaient tous conduits par des lanciers combattant à cheval, la « noble lance » ne pouvait être qu’un de leurs chefs. D’ailleurs en norvégien ancien donc en remontant encore plus haut dans le temps, ADALGAR signifiait « bras droit du roi ou du chef qui commande l’armée », définition sensiblement équivalente. Mais comme toujours avec les siècles qui défilent, le sens précis de cette fonction d’adjoint se perdra et le surnom correspondant devient peu à peu un nom de baptême. Cependant, la mémoire collective retiendra son caractère très honorifique qui en limitera l’usage à certaines familles de la haute société d’alors. Plus même, l’analyse des patronymes à partir des documents les plus anciens concernant la Provence, essentiellement les chartiers des abbayes, fait ressortir que pratiquement une seule famille est responsable de la diffusion du nom dans ce pays. Une sorte d’exclusivité qui sera respectée et accompagne l’implantation des féodaux d’origine burgonde au tout début du haut Moyen Age.

Si l’anthroponymie et la sémantique ne posent donc pas ici de problème particulier, il ne va pas en être de même pour la transmission du nom suite à sa latinisation, passage obligé par les censeurs de l’Eglise seuls détenteurs du savoir et des écrits à cette époque. Ainsi, ADAL devient AU et GAR, GERIUS, l’ensemble donnant AUGIERUS après permutation de deux voyelles. Telle était la forme la plus élaborée et adoptée par les ecclésiastiques érudits généralement de haut rang. Mais les populations laïques quelle que soit l’échelle sociale, totalement analphabètes et pour longtemps, demeuraient rebelles à l’usage du latin et de syllabes ouvertes ou « rondes », voire chuintantes. Leur origine germanique ou ligure s’accordait mieux de l’emploi de mots à consonance gutturale hachée et marquée par des consonnes comme les suffixes en osc, asc, enc, .... chez les locaux. D’où le développement d’un parler dit « vulgaire » à l’origine de la langue romane puis des dialectes « d’oc », sortes de compromis de germain gothique, latin et de racines ligures. Quant au monde du bas clergé, celui des moines-scribes responsables des manuscrits et à l’instruction très sommaire, il contribuera à sa manière à la confusion en utilisant une mixture de latin et de roman. C’est la période du « bas-latin » et il faudra attendre l’avènement du notariat laïque mi-XIIIème siècle et surtout, la fin du Moyen Age pour qu’un certain ordre apparaisse. En attendant, le nom de baptême AUGIERUS se prêtait particulièrement bien à de nombreuses transformations et altérations, vu sa consonance « trop coulée » pour l’époque et sachant que les adultes concernés en dehors des plus éminents ecclésiastiques, préféraient conserver l’appellation d’ADALGAR, usant même d’un équivalent féminin avec ADALGARDE. En conséquence et en toute circonstance durant le Moyen Age, les moines-scribes seront confrontés à un problème de traduction ou transcription à propos de ce nom. Ils contourneront la difficulté en utilisant les moyens les plus divers, les principaux étant les suivants :

- par aphérèse : puisque les deux syllabes composant le nom posent un égal problème, autant en supprimer une, le préfixe ADAL- AU en l’occurrence car se prêtant le moins aux manipulations. Reste le suffixe GARI plus facilement latinisé en GARINUS et qui pourra évoluer en GARIN, GARINI ou GARINO. De même avec le suffixe déjà partiellement latinisé GERI ou GERIUS, devenant GERINUS puis évoluant en patronymes : GERIN, GIRIN, GUERIN ou GUERINI. Là sont les formes d’altération les plus anciennes ;

- ceux qui admettaient la latinisation comme inéluctable mais voulaient la limiter, l’adapter et la rendre plus compatible aux usages, utilisaient plusieurs artifices : - une latinisation partielle avec : AUGERI ou simplifiée avec : OGIER ; - l’adjonction de consonnes pour rendre l’appellation plus « tonique » tels que : OTGIER ou AUDGIER et plus largement utilisée, l’agglutination d’un L’ donnant : LAUGIER, LOGIER ou LAUGERY, acte volontaire ou fortuit suite à une désignation, par exemple : « ... lui, c’est l’AUGIER ...» et transcrit phonétiquement. Ainsi, dans une des multiples filiations AUGIER on connaît un père qui baptisa deux de ses enfants AUGIER et LAUGIER, probablement dans le but de les distinguer ! Voir aussi St Laugier, évêque martyr d’Autun, ayant évolué en St Léger.

- enfin, au-delà du Moyen Age et de son contexte, les dialectes locaux resteront toujours rebelles à la prononciation du g devant un i ou un e, n’admettant que le gue ou le dj. Les formes dialectales les plus anciennes de AUGIER sont donc : ODGIE, AUDGIAR ou ODGIAR et surtout, AUZIAS ,OZIAS, ou AUZIER, .... que l’on retrouve aussi dans nombre de toponymes.

Par exemple, à La Penne et au quartier du Plan, la belle pinède faisant face au village improprement et récemment dénommée « Pin de Noguier » sur la carte IGN ( il n’y a jamais eu de noyer sur cette butte sableuse et sèche), s’appelle en fait : Pin de l’AUGIER (prononcer : pïn dé Lodjié) du nom d’une famille qui la posséda au XVIIème siècle ; toponyme que la tradition conserva jusqu’à nos jours.

En résumé, le patronyme analysé ici est bien connu notamment en Provence et son origine se perd dans la nuit des temps. Bien avant que le nom se fixe et en dépit des nombreuses altérations qui l’affectent, il fut régulièrement apposé sur des actes ou chartes essentiels avec son orthographe latine ou francisée la plus correcte, ce qui permet de suivre sans trop de problème les divers parcours généalogiques. Ceux concernant La Penne et la région nous intéressent maintenant principalement.

Le schéma de la planche n°3 peut servir de guide pour une entrée en matière. L’histoire de l’implantation du patronyme AUGIER dans notre contrée débute comme un ... conte de fée ! Deux jeunes chevaliers originaires de la Provence centrale montagneuse et venant de Flayosc arrivent un jour aux alentours de l’an 1270, dans le Val d’Estéron. Ils s’appelaient GUILLAUME AUGIER et RAIMOND CHABAUD. Fils cadets issus de branches familiales elles-mêmes cadettes pour l’énième fois donc exclus de tout héritage foncier patrimonial, ils disposaient seulement d’un petit pécule qu’ils utilisèrent pour acheter des parts de seigneuries à La Caînée et Saint-Jean d’Aurelle. Il s’agissait de deux anciens terroirs indépendants enclavés par ceux de Pierrefeu, Toudon, Ascros, Cuébris et Roquesteron. Mais ce n’était pas des paroisses ; il n’y avait pas de village, seulement quelques fermes aujourd’hui ruinées. Pays très pauvre, il ne valait que par sa portion des berges de l’Estéron s’étirant entre Pierrefeu et Roquestéron. De nos jours, ces deux entités territoriales ont disparu, absorbées par les communes susdites de la périphérie. Les deux fiefs en question étaient déjà des coseigneuries détenues conjointement par le seigneur du lieu, Raimond de La Caînée qui venait de décéder et les seigneurs de Toudon et des Ferres. La transaction eut lieu en présence d’Isnard de Flayosc qui accompagnait les deux chevaliers, un parent du premier, garant et témoin de la qualité des acheteurs car en ce temps là les transferts de seigneuries (terres, juridiction et pension) ou portion d’icelles, n’étaient possibles qu’entre gens de la noblesse. Mais qui était ce Guillaume Augier ? Membre d’une arborescence intéressant notre histoire locale, il nous amène à y faire une rapide incursion :

Lorsque Guillaume II dit « le Libérateur » entreprit la conquête de la Provence centre-orientale « d’outre Durance » en 972, son armée était formée par des groupes de chevaliers ou osts et l’un des principaux avait à sa tête AUGIER Ier issu d’une famille burgonde importante d’Avignon et d’Apt. Après leur campagne victorieuse sur les « Maures », ces guerriers se partagèrent le territoire conquis entre la Durance et le Var, comportant notamment six anciens diocèses romains. AUGIER prit l’un des plus vaste, celui de Riez. De la Bléone au Nord jusqu’à Barjols au Sud, de la Durance à l’Ouest jusqu’au Jabron et méridien de Trigance à l’Est, il englobait la totalité du riche plateau de Valensole et très largement la vallée du Verdon. Il le géra avec les titres de prince de Riez et seigneur de Moustiers, les deux principales agglomérations de ce pays.

Cet ancêtre de la branche provençale eut quatre enfants, tous devenus chefs de lignages importants qui donnèrent en effet, vingt petits-enfants au patriarche. Lesquels engendrent à leur tour une abondante progéniture essaimant nombre de leurs membres du Rhône aux Alpes par le biais d’unions matrimoniales, échanges de terres ou autres ; car le siècle qui chevauche les X-XIemes fut une période de grande expansion démographique. Mais seuls deux enfants d’AUGIER Ier sont à considérer ici : son aîné AUGIER II et sa cadette ADALGARDE :

-- AUGIER II devient vers 1010 l’héritier des titres féodaux de suzeraineté pour cette principauté. Il fut l’auteur d’une lignée qui nous conduit jusqu’à un de ses arrière-petits-fils, RAIMOND Ier seigneur de Moustiers. Celui ci se rendit célèbre dans toute la Provence. De retour de Croisade vers le milieu du XIIème siècle, il adopta comme blason, l’héraldique venant de naître, de gueule à l’étoile d’or de huit pointes. C’est une grosse étoile métallique de ce type qu’il fit pendre à une chaîne tendue entre deux rochers et surplombant sa ville ; comme un spectaculaire ex voto pour satisfaire un voeu s’il revenait sain et sauf de son expédition, ce qui fut donc le cas. En conséquence, être issu « de RAIMOND » était un honneur et suffisant pour se faire reconnaître dans toute la Provence et le « génitif » fut adopté comme patronyme par la descendance. Simplement pour satisfaire à une mode apparue pendant la Renaissance, un suffixe fut rajouté donnant : de RAIMONDIS. Deux membres de cette famille, le père et le fils seront de 1681 à 1730, les derniersseigneursde La Penne issus de la noblesse féodale.

-- ADALGARDE (le clergé d’alors ne se préoccupait aucunement de la latinisation des noms de la gent féminine ; une tolérance frisant le dédain !), la soeur cadette d’AUGIER II, épousa ERBERT de Lançon et en eut neuf enfants. Non dotée, elle hérita notamment de la châtellenie de Riez qu’elle transmit à sa descendance. Parmi elle, un de ses arrière-petits-fils : GUILLAUME AUGIER en bénéficia dans la seconde moitié du XIIème siècle. Plaçons ici une remarque importante : bien avant que le patronyme ne devienne une réalité, les parents baptisaient leurs enfants des noms les plus divers : de saints plus ou moins locaux mais renommés, d’anciens surnoms honorifiques, etc... Les « prénoms » n’étaient pas encore employés. Cependant, une coutume très respectée en général, consistait à utiliser pour au moins un des enfants, le nom d’un aïeul ancêtre, du père et/ou d’un personnage célèbre de la famille afin d’honorer leur mémoire ; cela à chaque génération et quel que soit le type de filiation, directe par les mâles ou indirecte par entage. D’ailleurs les épouses entrant dans une nouvelle famille se montraient souvent les plus pointilleuses à cet égard car c’était pour elles une façon de préserver leur identité d’origine. Ainsi s’explique la régulière et large diffusion d’un nom tel qu’Augier, à partir d’un seul foyer mais relayé aussi par nombre de familles alliées en raison de mariages. Quant à Guillaume Augier, ce n’est pas un prénom précédent un patronyme mais un double nom de baptême ; le premier en mémoire de Guillaume Ier de Moustiers dernier prince de Riez, le second rappelant bien sûr l’auteur ancêtre pour la Provence. Guillaume Augier sera donc porté tel quel par une succession de membres sur plusieurs générations. Intéressons-nous maintenant à deux frères de la descendance d’Adalgarde :

- AUGIER IV l’aîné, nouveau châtelain, épousa AGNES sa cousine et seule héritière de la seigneurie d’Allemagne, un village voisin de Riez au SW. Mais cette lignée va tomber « en quenouille », car ils n’eurent qu’une fille et héritière dénommée aussi AGNES ; un très beau parti puisque dame d’Allemagne et châtelaine de Riez ! En effet en 1226, un grand seigneur la choisit comme épouse, BONIFACE de Castellane célèbre par ses démêlés avec les comtes-rois de Provence. Son comté de Castellane venait de lui être confisqué et l’opportunité de ce mariage lui permit de redorer son blason, renflouer sa notoriété et ses finances. D’où un nouveau départ pour cette famille qui conserva comme patronyme le toponyme, témoin de son ancienne puissance. BONIFACE et Agnès AUGIER seront donc coauteurs de la grande arborescence des CASTELLANE de la Renaissance et des Temps Modernes et à l’origine de nombreuses branches. L’une d’elles sera celle des seigneurs du Val de Chanan et entre autres de La Penne, de 1463 à 1641. C’est l’un des plus longs apanages exercés par une même famille d’origine féodale sur ce site. Mais ce lignage tomba lui aussi sur une seule héritière : Louise, qui transmit ses terres à son époux Alphonse d’ORAISON seigneur aussi de Soleilhas et comte de Boulbon. C’est son fils André qui mit en vente La Penne notamment pour se libérer des dettes accumulées par le père. Un de RAYMONDIS, parent éloigné, put enfin « effacer l’ardoise » en 1681 (cf. ci-dessus) ;

- GUILLAUME AUGIER, autre descendant d’ADALGARDE et frère du précédent AUGIER IV, se place au sommet d’une pyramide qui nous conduit jusqu’à la généalogie pennoise de cette nouvelle branche familiale et sans solution de continuité, jusqu’à ce chevalier GUILLAUME AUGIER qui se rendit acquéreur vers 1270, de parts de seigneuries à La Caînée et Saint-Jean d’Aurelle dans le Val d’Estéron.

Ainsi s’explique, très succinctement présentée, l’implantation du futur patronyme AUGIER dans la contrée. Les deux compères chevaliers s’installent donc et en épousant des filles du pays purent fonder familles. Puis les générations respectives qui se succèdent consolident leurs liens de parenté par des unions matrimoniales. Mais Guillaume Augier et Raimond Chabaud ou leurs premiers descendants, ne furent pas long à se rendre compte que leur investissement seigneurial n’était pas très rémunérateur, un seul descendant par famille pouvant en vivre et difficilement. Aussi, une pratique d’héritier unique des patrimoines s’exerça-t-elle, sorte de droit d’aînesse où les cadets sont fermement conviés d’aller chercher fortune ailleurs ! La Caînée devient ainsi un foyer d’émigration tant pour les Augier que pour les Chabaud. Les plus hardis s’exilèrent surtout dans les régions niçoise et grassoise et beaucoup y réussirent ; ceux qui restaient n’étaient donc pas nécessairement les mieux lotis. Dans un premier temps, ces derniers pensèrent pouvoir accroître leurs revenus en augmentant leurs parts de seigneuries ; une fuite en avant en quelque sorte, à force d’économie et de privations sinon d’endettement. Ainsi vers 1350, AUGIER d’AUGIER (façon de préciser que l’intéressé est bien fils d’un AUGIER, marquant la fixation définitive du patronyme ) et Paul CHABAUD deviennent coseigneurs majeurs de La Caînée et Saint-Jean. Mais c’était sans compter sur les troubles et calamités qui ravagèrent la région durant la seconde moitié du XIVème siècle : guerre de succession du royaume de Provence qui entraîna sa partition (1388) et le passage du Comté de Nice sous la souveraineté de la Savoie, avec La Caînée, Roquestéron-Puget, Sigale, Ascros, Puget-Théniers....; les épidémies de peste .... L’agriculture va manquer de bras, la situation de nos coseigneurs devient précaire et les contraint à revendre peu à peu des fractions de leur patrimoine pour survivre ; dorénavant, peu importe la qualité des acheteurs. Les Augier et Chabaud apprennent à leur dépend que les temps changent et que le fait d’être « bien né » n’est plus un avantage déterminant. Ces hobereaux comprennent que l’avenir appartient aux individus entreprenants qui s’instruisent pour devenir artisans, négociants, robins (notaires, avocats, procureurs, ...) etc..., comme le démontre la réussite de nombre de leurs membres qui avaient dû ou su s’exiler. C’est du moins la nouvelle voie qu’empruntèrent les Augier en se recentrant sur Roquestéron alors que parallèlement ils rayonnent vers les villages environnants jusque dans le Val de Chanan. Ainsi naîtront les diverses branches familiales qui seront analysées ci-dessous. Cependant, en devenant savoyard le Moyen Estéron se met sous la coupe des célèbres Grimaldi comtes de Beuil. Lesquels offrent l’opportunité d’un service pour garder leurs deux forteresses, sentinelles frontalières d’Ascros et de Sigale qui sera accaparé respectivement par les Augier et les Chabaud, gouverneurs quasiment de pères en fils durant les XVIème et première moitié du XVIIème siècles. Ainsi, au hasard de quelques actes paroissiaux nous rencontrons :

- JOSEPH (v.1580-), capitaine gouverneur de la forteresse d’Ascros qui épouse Jeannette LOMBARD en 1607. Un de leurs fils, HONORE (AS1607-v.1670) époux de dame Marguerite X..., sera le dernier gouverneur. En effet, Annibal GRIMALDI le Comte de Beuil de l’époque ayant trahi son souverain, fut condamné à mort et exécuté à Tourrette-Revest en 1621 ; ses biens confisqués et ses forteresses démantelées. Néanmoins Honoré put poursuivre sa carrière de « capitaine » et sa famille demeura sur place, s’étendant même sur Saint-Antonin ;

- maître JEAN ANTOINE, frère du précédent Joseph et notaire à Roquestéron, épouse Erimonde X... en 1608. C’est leur fille Louise qui sera parrainée la même année par Jean SIGAUD « l’authier » de La Penne et son épouse Antonia dont il a déjà été question ;

- les deux frères précédents étaient peut-être fils ou neveux de maître LAURENT et de son épouse dame Antoinette X..., laquelle décéda en 1609 déjà veuve et très âgée. Enfin, signalons maître ANTOINE vivant mi- XVIIème, personnage de grande notoriété car il fut le témoin de plusieurs grands mariages à Roquestéron et alentours.

Le patronyme AUGIER a donc pu se développer dans la contrée, initialement centré sur le secteur La Caînée - Roquestéron mais débordant assez vite notamment en direction d’Ascros puis vers d’autres sites du Val d’Estéron et du Val de Chanan. D’où le développement de ramifications qui intéressent maintenant les terroirs de La Penne, La Rochette, Ascros, Saint-Antonin, Sigale et Puget-Théniers.

I - AUGIER : branche ancienne de La Penne, du XVIème au XIXème siècle.

L’implantation pennoise de cette famille est fort ancienne puisque déjà en 1343, un GUILLAUME AUGIER y est mentionné comme contribuable ; de même pour RAIMOND (Augier ou Laugier) en 1364. Mais il faut attendre le XVIIème siècle pour voir apparaître une certaine continuité. Un document de 1650 signale en effet, la présence de plusieurs chefs de famille participant en tant que tels au Conseil de la Communauté. Il s’agit de, INNOCENT, CLAUDE et JEAN-BAPTISTE. Puis LOUIS décédé avant 1699, fils de CLAUDE, laisse à ses héritiers la Font de Renard. Cette arborescence déjà très étoffée suppose une implantation pennoise remontant à la seconde moitié du XVIème que l’on peut mettre en rapport avec les relations d’amitié qui unissaient les confrères « capitaines » en dépit des frontières (cf. ci-dessus). Il est possible que Jean Sigaud lui-même pennois de fraîche date, ait suggéré à ses alliés de la famille Augier de s’investir sur La Penne. En effet, les comtes de Castellane seigneurs du lieu mais résidant au loin, éprouvaient beaucoup de difficultés à faire entretenir leurs terres pennoises et la « manse » du Collet en particulier. Ils recherchaient des tenanciers car laisser un domaine à l’abandon était sacrilège surtout à cette époque marquée par les ravages dus aux guerres de Religions ; l’agriculture manquait à nouveau de bras. La prise à bail emphytéotique (*) de parcelles irrigables bordant le Collet à l’Ouest depuis la Font de Renard jusqu’au « Pin de l’Augier » par des Augier et d’autres, est sensiblement contemporaine de ces événements. En conséquence, les premiers registres d’état civil pennois du XVIIIème nous mettent normalement en présence de membres de cette famille (Pl.1). A savoir :

- JEAN-BAPTISTE (v. 1750-) eut deux épouses (ou deux J.B. ayant chacun la leur ?). La première, Jeanneton ROMAN lui donna au moins une fille : Cécile (1775-). La seconde Jeanne CHIER, lui donna au moins un garçon : ESPRIT (1779-) ;

- JOSEPH (v. 1750-) et son épouse Madeleine CHIER, sont parrain et marraine d’une petite Madeleine PELLEGRIN en 1790.

Manifestement cette lignée est en train de s’étioler et de disparaître car la descendance dans la mesure où elle survécut, ne concerne plus La Penne et l’on ne sait pas ce qu’il advint de la progéniture éventuelle du dernier couple. Donc nous considérons que cette branche pennoise ancienne s’est éteinte ou poursuivi en d’autres lieux.

II - AUGIER : branche d’Ascros et son prolongement pennois.

La souche des anciens gouverneurs capitaines a pu continuer à se développer sur ce site et au bout de l’énième génération s’en détache un membre particulier ; il s’agit de JEAN LOUIS (v. 1802-) et de son épouse Thérèse RAYBAUD. Ils eurent au moins un fils, JEAN-BAPTISTE (AS1824-1902) qui aurait convolé deux fois :

- de Marie DALMAS descend ANTOINE (AS v.1860-) qui épouse Thérèse DALMAS. Leur fille Marie Joséphine (AS1880-1962) fut mariée à Cyrille Denis DALMAS. Ce sont les parents de Louisette épouse de feu Clément DAUMAS du Sarret et les grands-parents maternels de « Dédé » DAUMAS.

- de Marie BLANC (0/0 NC1834-1922) descendent deux filles :- Joséphine (AS1864-) qui épouse Eugène RIVIERE (0/0) de Besseuges. Ce sont les arrière-grands-parents maternels de Maurice SALVATICO notre contemporain ; - Marie Françoise (AS1874-1946) qui épouse Joseph Séraphin BONHOMME.

En résumé, la branche d’Ascros des Augier vient opportunément ressourcer la filiation, mais essentiellement par entage, permettant néanmoins de développer une parentèle consanguine dans trois familles pennoises différentes.

III - AUGIER : branche de Saint-Antonin et son prolongement pennois.

Elle est toujours bien représentée dans ce village et probablement dans le prolongement de celle d’Ascros, à l’origine plus ancienne. Quoi qu’il en soit, nous nous intéressons ici à un seul de ses membres : THEOPHILE (SA v.1880-) marié à Marie Léontine NIEL dont il eut quatre enfants : Maria,patronne de l’auberge qui eut une renommée dépassant largement le cadre local sous son exercice, CLEMENT, LOUIS et surtout, JEAN ANDRE (1914-) lequel épousa Alice Baptistine RAYBAUD, la soeur d’Emile RAYBAUD notre doyen et maire honoraire de La Penne.

IV - AUGIER : branche de La Rochette et son prolongement pennois.

L’implantation du rameau rochettois est certainement très ancienne comme à La Penne car PIERRE AUGIER et sa fille Sibille y résidaient en 1378. De plus, ce même chef de famille est mentionné comme possédant aussi des terres à Puget-Théniers à cette date. Il est donc possible que le dit rameau soit à l’origine des familles de ce nom qui vécurent dans cette dernière ville au moins jusqu’au XVIIIème siècle car le dénombrement de 1708 en a retenu quatre ; celles de JOSEPH, de deux ANTOINE et de … PAUL AUZIAS (cf. anthroponymie ci-dessus). Mais revenons à La Rochette et à son rameau spécifique qui continua d’évoluer, pour atteindre le début du XIXème. Un de ses membres, JEAN-BAPTISTE (RC v.1820-) époux de Marie Claire ISNARDY d’une famille de notables saint-pierrais, eut au moins un enfant, PIERRE JOSEPH JEAN-BAPTISTE dit « Jean » (RC1854-1923) qui épousa Mélanie DROGOUL de Besseuges. Elle appartient à l’arborescence de Joseph « Chicane » dont descendent aussi nos concitoyens Auguste et Emile Baptistin DROGOUL. Nous sommes là dans le fameux triangle, La Rochette, Saint-Pierre, Besseuges où s’entretenaient des relations préférentielles notamment pour les mariages et déjà soulignées. Ce couple s’installa à La Penne comme fermiers à Chaude et y eut quatre enfants dont deux survivent, notamment l’aîné GERMAIN JOSEPH (1892-1965). Son épouse Elisabeth MICHEL lui donna neuf enfants dont les naissances s’échelonnent entre 1920 et 1935. Mais en dépit de cette nombreuse progéniture, le rameau d’origine rochettoise ne fit pas souche et concerne maintenant d’autres lieux.

V - AUGIER : branche de Sigale et son prolongement pennois (Pl. 2).

La proximité de Roquestéron et le fait que ce terroir fut un « fief militaire » pour la famille alliée des Chabaud, peuvent expliquer l’installation précoce d’un rameau des Augier sur le site et toujours représenté. Mais la personne qui nous intéresse ici est un certain JOSEPH né à Sigale vers 1830. Marié à Catherine Cervo il en eut au moins un fils, JEAN (1854-1895) qui exerça son métier de cordonnier à Nice où il épousa une fille du cru, Françoise Bertoggliatti (1857-1945). Elle lui donna cinq enfants devenus adultes dont l’aîné MICHEL. Celui-ci fut une des nombreuses victimes de la « Grande Guerre » et mourut au Champ d’honneur en 1915. Mais il laissait une jeune veuve, Elisabeth née ROUX et ses trois garçons : ANDRE, LOUIS et PROSPER dit « Jojo ».

L’aîné ANDRE (NC1906-1994) épousa une Pennoise, Rosita PABAN fille d’Auguste et d’Annette DROGOUL. L’événement qui conduisit un rameau de la branche sigaloise des Augier ayant émigré sur Nice, à revenir partiellement sur La Penne est donc tout à fait fortuit. De cette union naîtront deux enfants : la cadette Anne-Marie (NC1938)épouse de Michel FOUCARD et l’aîné CLAUDE (NC1931) l’auteur de ces quelques réflexions généalogiques, marié à Hélène SANCHIS. Le couple a deux enfants : Françoise (1963) et FREDERIC (NC1970).

En conclusion, depuis le Moyen Age ou le XVIème siècle au plus tard, toutes les générations de pennois qui se sont succédées jusqu’à nos jours, ont connu des AUGIER comme concitoyens. Mais ils n’étaient pas issus d’une même filiation et provenaient de segments familiaux qui se relayaient dans le temps. Plus qu’une coïncidence, un apparentement les reliant pouvait être soupçonné. Si nous procédons à un cheminement inverse de celui qui a présidé à l’analyse généalogique nous constatons en premier lieu, l’existence d’une série de branches familiales liées à ce patronyme et concernant la plupart des terroirs environnant La Penne. Leur analyse nous amène à converger vers un site bien précis, le Moyen Estéron, celui de La Caînée-Roquestéron, tout en remontant le temps jusqu’au Moyen Age. Cela pouvait largement suffire pour le strict objet du présent essai mais l’opportunité d’aller plus loin était offerte, sachant que cette famille pouvait être impliquée tant soit peu dans l’histoire locale ; du moins au niveau des rapports que celle-ci peut avoir avec la généalogie, comme nous l’avons déjà fait pour les familles d’Authier et Durand. Ainsi des liens de consanguinité sont apparus entre les anciens seigneurs d’origine féodale de La Penne, les Raymondis ou les Castellane et les plus anciens ancêtres des Augier de La Caînée. Mais il a fallu remonter très haut jusqu’au patriarche auteur provençal le plus éloigné et le Xème siècle, pour faire apparaître les convergences ; bénéfice fortuit de la documentation ancienne. Par ailleurs, dans le domaine de la démographie, la participation des Augier se situe dans une honnête moyenne. Les unions par entage avec les familles Dalmas, Raybaud et Rivière, viennent d’être évoquées, tandis que les membres isolés qui ne se rattachent pas aux arborescences vu nos connaissances actuelles, n’ont pas été rappelés ici car déjà présentés à la faveur de l’étude des familles précédentes.

C’est donc en « ordre dispersé » que les Augier ont investi La Penne, grâce à diverses branches de la contrée apportant tour à tour leur contribution. Une seule, celle agnatique de Sigale via Nice a maintenant le devoir d’assurer le maintien du patronyme au terroir.


planche 1

planche 2

planche 3