La sémantique appliquée à ce nom et ses nombreux dérivés ne semble pas poser de problème aux auteurs spécialisés. Avec un bel ensemble ils font de ce surnom développé au Moyen Age, un sobriquet attribué à des individus pourvus d’une « chevelure (prématurément) blanchie » ou à quelques « belles » gratifiées d’un remarquable « teint de lait » ou encore, révélant juste ce qu’il faut de leur « peau d’albâtre » pour susciter la galanterie ! Mais l’anthroponymie pennoise en dépit de son faible champ, ne peut se satisfaire de ces seules et très classiques définitions. Il faut approfondir un peu plus la question et alors, ..... tel l’arbre qui peut cacher la forêt, la complexité surgit et ce n’est pas un de ses moindres aspects que de voir apparaître une sémantique des BLANC ayant pu évoluer avec le temps. En effet :

1 - En corollaire à l’installation des peuples germano-scandinaves en Europe occidentale dans les premiers siècles de notre ère, une large diffusion de leurs noms de baptême et surnoms s’est opérée et que nous avons déjà eu souvent l’occasion d’illustrer à la faveur des analyses précédentes. A cette longue liste il faut maintenant ajouter l’expression de blank s’appliquant à un personnage « brillant », donc en tout point remarquable par sa valeur mais dans quel domaine ? L’origine de ce surnom latinisé en BLANC, BLANCO, BLANCHI,...peut donc être très ancienne car il est déjà connu en Provence dès les X - XIème siècles. Parfois ce surnom au demeurant assez vague de signification, a été associé au suffixe hard = dur ; donnant ainsi BLANCARD (dans le Midi) ou BLANCHARD (en pays d’oïl).

2 - En entrant plus avant dans le Moyen Age, apparaît le prénom sobriquet lié au système pileux ou épidermique tel que défini précédemment. Mais il faut le compléter par les BLANC et surtout les BLANCHE (BLANCARDE dans le Midi) surnommés ainsi car ils portaient des vêtements ou voiles blancs en « signe de deuil ». Pas pratique à endosser, les personnages concernés étaient donc surtout de haut rang et des femmes qui marquaient ainsi de façon plus ou moins ostentatoire, leur veuvage ou « le deuil de leur mariage » (femmes répudiées). Parmi les exemples les plus célèbres, on peut citer : Blanche de Castille, veuve du roi de France Louis VIII en 1226 et mère de Louis IX « le Saint », deux fois régente du royaume, Blanche de Bourgogne épouse de Charles IV le Bel répudiée en 1323, Blanche d’Aragon-Navarre épouse d’Henri IV roi de Castille répudiée en 1453, etc....

3 - A partir du XVIIIème, une habitude sinon une coutume s’est développée ; BLANC, déjà connu comme symbole de l’innocence, devient un patronyme synonyme de « pureté » et attribué à de jeunes enfants abandonnés, de père et mère inconnus. Ceci à l’instigation des institutions religieuses gérant les hospices qui les avaient recueillis. L’idée, pétrie de bonnes intentions au départ, devait s’avérer particulièrement maladroite à l’usage. Certes, l’orphelin tout à fait innocent ne devait pas subir les conséquences des graves fautes commises par ses géniteurs ; d’abord en le concevant hors du sacrement du mariage (essentiel pour l’époque) ensuite et surtout, en abandonnant le fruit de leur péché à la charité publique. Mais les dénommer symboliquement « Blanc » pour cette raison et de façon quasi systématique, revenait à leur coller une étiquette qui à l’instar d’une rouelle1, rappellera à la postérité les conditions pour le moins obscures de leur origine. Eux qui justement, s’efforceront de les oublier ou de les faire oublier en ayant plus tard un comportement d’adultes exemplaires. Au contraire, les voici donc affublés d’un handicap supplémentaire lié à leur patronyme ! La plupart le surmonteront courageusement mais certains demanderont et obtiendront de tribunaux un changement de nom, pour adopter le plus souvent celui de leurs parents nourriciers ou en transformant leur prénom en patronyme. Cette procédure concernera au moins une famille pennoise.

En résumé, derrière une apparente simplicité le patronyme BLANC peut soulever des problèmes d’interprétation délicats pour le moins. Dans les faits, seule une analyse serrée de la généalogie des familles concernées pourra lever certaines ambiguïtés et permettre de choisir une appartenance à l’un des principaux groupes qui viennent d’être inventoriés. Les BLANC de La Penne furent assez nombreux dans le passé, apparus dès la fin du XVIIIème et surtout au début du XIXème siècle. La plupart sinon la totalité, sont issus d’orphelinats et appartiennent au troisième groupe2. Il s’agit donc avant tout d’individualités sans lien intrinsèque qui se sont intégrées par mariage aux familles du cru. Les garçons ont eu bien entendu la possibilité de créer leur propre lignage, mais ils demeureront très fragmentaires puisque aujourd’hui disparus de notre terroir. Quant aux filles, elles ont normalement contribué au développement de plusieurs arborescences pennoises par entage. L’étude généalogique précédente concernant les principales et plus anciennes familles de La Penne, a déjà fait apparaître quelques relations de ce type et le moment est maintenant venu d’en établir un inventaire des principales. Elles concernent les couples qui suivent et leur descendance éventuelle :

- ANTOINE (0/0GR 1789-1854) fut le second époux de Marguerite CONIL de Saint-Pierre ;

- LOUIS (0/0Fayence1820-1904), époux de Marie Anne DAUMAS, adopta lui aussi un orphelin : Jules NOLLET (0/01856-1916) qui deviendra l’auteur d’une famille pennoise très considérée, par ses alliances (voir ce patronyme ultérieurement) et aussi parce qu’un de ses fils fut un héros de la Guerre 14/18, mort au Champ d’honneur;

- JULIEN (0/0GR 1816-1880) épousa Marguerite RAPON de Puget-Théniers dont il eut notamment deux filles mariées à La Penne : Antoinette (PT1836-1913) = Joseph DAUMAS (I, Pl.7) et Victoire (1847-1899) = Honoré Pancrace BONHOMME ;

- JEAN-BAPTISTE JOSEPH (-?-) fut l’époux de Marie Louise DROGOUL (1881-) de Besseuges ;

- Marguerite (0/0NC 1830-) = Honoré NIEL de La Gagière ;

- Marie (0/0NC 1834-1922), fut la seconde épouse de Jean-Baptiste AUGIER (1824-1902) d’Ascros et l’ancêtre de la lignée des RIVIERE-SALVATICO ;

- Marie-Louise (0/0GR1837-1922), l’épouse d’Antoine RAYBAUD fut la mère adoptive de Désiré ANDOCHE ;

- Marie Thérèse (0/0DG 1846-) = Pierre ALZIARY de Sigale ;

- Victorine « Radegonde » (0/01858-), mariée à Célestin DALMAS de Saint-Antonin;

- Cécile (0/0), l’épouse de César RAYBAUD de Sallagriffon et ancêtre du rameau local de cette famille toujours représentée dans ce village ;

- Scholastique Elisabeth (1851-1935), coauteur avec son époux Louis Placide RAYBAUD du lignage pennois actuel de cette famille.

D’autres  BLANC (ou issus de) de ce groupe et élevés à La Penne se sont alliés à des familles aujourd’hui disparues telles les PELLEGRIN, MAGNAN, BONHOMME,... ou bien sont partis accomplir leur destinée sous d’autres cieux. Enfin, deux « BLANC » recueillis à l’hospice de Draguignan, Adélaïde (1847+) de la Maison Drogoul et Marie Françoise (1846+) de la Maison Chier, n’ont pas vécu un an.

En conclusion, les BLANC de La Penne provenant d’un orphelinat ne constituent qu’une partie des enfants abandonnés recueillis puis élevés dans notre Communauté et devenus ou déjà adultes, ont contribué au développement démographique local pour une part essentielle. En effet, la majorité d’entre eux possédait déjà un patronyme, souvent un « prénom » transformé. C’était bien suffisant et la création d’une catégorie particulière de « Blanc » ne s’imposait vraiment pas. Quoi qu’il en soit, tous doivent se retrouver dans la grande reconnaissance que nous leur devons pour avoir su participer à notre croissance et pour nombre d’entre nous, d’être à l’origine même de notre existence. Enfin et quitte à nous répéter, on ne louera jamais assez les Pennois de vieille souche qui sans complexe, les choisirent comme épouses ou époux.

1 - Louis IX dit le « Saint », imposa aux Juifs en 1269 et pour une des premières fois dans l’histoire, le port obligatoire d’un insigne distinctif sous la forme d’un médaillon de tissu jaune dit « rouelle ». L’idée sera reprise de notre temps comme chacun sait, durant la Seconde Guerre mondiale......

2 - Les BLANC du Collet seront étudiés avec les familles du groupe D.