Le groupe en question par l’ancienneté du premier patronyme qui le constitue, aurait pu figurer dans un ordre familial antérieur de cette étude mais le lignage agnatique initial s’est éteint. Il sera relayé par d’autres pour aboutir aux descendants actuels portant le nom de BLANC-GONNET et représentés par notre concitoyenne Marcelle, décédée en 2007, à la tête d’une nombreuse progéniture.

Donc la propriétaire de « l’arrière-fief » du Collet (*), se place à une étape d’une longue et complexe évolution arborescente. Longue, parce que son auteur Joseph BLANC acquit le Collet le 16 novembre 1737, de Joseph Alexandre d’AUTHIER . Mais l’ancienne « manse » devenue ferme, ne pouvait procurer des revenus suffisants qui auraient permis au nouveau propriétaire de vivre de ses rentes, sachant qu’elle devait aussi nourrir une famille de fermiers continuant à exploiter la terre. Il est donc probable que Joseph considéra son achat plutôt comme un placement d’argent lui apportant de plus, le prestige et les privilèges liés à une terre noble. Eléments valorisants non négligeables à l’époque. Ainsi, le Collet devient une résidence secondaire1car cette famille continua pendant près de deux siècles, de faire d’Entrevaux et Puget-Théniers, leurs lieux de résidence habituels et principaux où se localisaient aussi toutes leurs activités. En conséquence, les BLANC en question naîtront, convoleront et décéderont hors de notre commune et sauf exception, seront donc absents des registres d’état civil pennois. Or ceux-ci constituaient la matière et la raison d’être de cet essai généalogique. D’où la complexité du problème sur lequel nous nous heurtons et l’identification des membres de cette famille ne sera révélée que très indirectement et de façon incomplète ou inégale. Donc :

- JOSEPH (1696-1744) et son épouse Jeanne Thérèse ... X, achètent le Collet en 1737. Ils n’obtiennent que cinq ans plus tard les « lettres de terriers » qui certifiaient l’acquisition de terres nobles. Le domaine étant sous la directe de La Penne, ces papiers devaient être remis au consul de la Communauté pour enregistrement. L’acte donnait droit à une exonération de ce que nous appellerions aujourd’hui les « taxes foncières ». Par contre, les nouveaux propriétaires restaient redevables d’un équivalent de nos « taxes locales d’habitation ». Rappelons qu’acquérir des terres nobles ou à cens, ne conférait pas pour autant la qualité de « noble » à l’acheteur. A peu près à la même époque vers 1740, Jean-Baptiste d’AUTHIER sieur de « Saint-André », vendit à Joseph un jour de juridiction de La Penne. Nous voici donc en présence d’un nouveau coseigneur roturier, à coté de Jean-Baptiste BONNEFOY, de Honoré MAUREL déjà vus, de certains membres de la famille d’AUTHIER (*) dont Joseph Alexandre, le précédent propriétaire du Collet et depuis peu, coseigneur principal du terroir. Joseph adopte le patronyme de BLANC du Collet.

A propos d’anthroponymie, deux remarques s’imposent. Les BLANC du Collet ne font pas partie de la cohorte des « BLANC » pupilles des hospices que nous avons vu arriver nombreux à La Penne. Leur origine est plus ancienne et la notabilité de la famille était déjà acquise quand la regrettable coutume d’affecter ce patronyme aux orphelins abandonnés est apparue. Par ailleurs, les BLANC (du Collet) et les BLANC (de Gonnet) ne sont que purs homonymes et sans lien de parenté à l’origine.

- JOSEPH eut six enfants de Jeanne Thérèse : Jeanne Françoise, ALEXIS HONORE, JOSEPH MELCHIOR, PIERRE LOUIS, Elisabeth Marie et surtout, JEAN-BAPTISTE que nous connaissons mieux car deux de ses enfants sont nés fortuitement à La Penne :

--JEAN-BAPTISTE (v.1730/40-+>1778) et son épouse Françoise Eugénie LAUGERI eurent aussi six enfants dont les deux Pennois : - CHARLES JOSEPH (1774-) et PIERRE JOSEPH (1781-). La marraine du premier fut Françoise BLANC du Collet habitant Entrevaux. Le chaînon suivant est notamment occupé par un docteur médecin, PAULIN BLANC du Collet, fils de CHARLES et qui exerçait à Puget-Théniers :

--- PAULIN (1807-1863) marié à Louise Geneviève HERAUDI (1823-LP1903) en eut cinq enfants dont Hortense (1858-), épouse de Henri BERI (NC1857-) d’une famille de commerçants niçois spécialisés dans le négoce de l’huile d’olive et de charbon, que son frère aîné Edouard rendit notoire en devenant président de la Chambre de Commerce et de l’Academia Nissarda. Un second enfant est AUGUSTE qui fit une grande carrière dans la magistrature. Il fut en effet maire de Puget-Théniers, conseiller général du canton, procureur de la République à Digne et conseiller à la Cour d’Appel de Nice. Il y aura deux autres soeurs : - Fanny (1848-1929) mariée à François FARAUT et Françoise Marie (v.1850-) mariée à Benoît FARAUT et enfin, CHARLES JEAN-BAPTISTE (1847-1863).

- AUGUSTE (1854-1933) a eu cinq enfants de Joséphine PASTORELLI de Nice :

-- Marguerite Louise Marie (1891-1920) épouse de Paul FARAUT ;

-- JEAN (1892-1917), mort pour la France en « 14/18 » ;

-- Marie, épouse BOURGIN (médecin) ;

-- les jumeaux : CHARLES = Agnès X..., sans descendance, et RENE (avocat) = Emma X..., lequel eut un enfant naturel, AUGUSTE, puis Marie de son épouse.

Ainsi s’efface de La Penne le patronyme BLANC du Collet, donc la première lignée mâle de la parentèle étudiée. Cependant, les FARAUT vont remplacer les BLANC du Collet. Plus qu’une alliance c’est une véritable symbiose qui va s’opérer entre les deux familles, étayée comme il apparaît déjà par trois mariages en seulement deux générations.

FARAUT dérive de FARAUD, forme latine la plus correcte et de loin la plus usitée. Mais les deux orthographes évolueront de concert, là encore selon la fantaisie des recteurs de paroisse. Les racines de cet ancien surnom d’origine germanique sont :

Fara = famille / wald = gouverner

Latinisé il donne FARAUD ou FARAUDI(Y) et aussi FERAUD ou FERAUDY, formes voisines de même sens. C’était probablement un attribut donné aux « chefs de famille exemplaires » (de famille nombreuse ?) ; en tout cas suffisamment flatteur pour être devenu patronyme, parfois considéré comme spécifiquement provençal ou méridional et d’ailleurs assez répandu dans nos régions. Il faut croire que nos ancêtres ne distinguaient pas au hasard les personnes en les surnommant et que leurs choix pouvaient avoir une résonance en génétique car le recensement de 1708 situe pas moins de seize familles FARAUD ou FARAUT à Puget-Théniers ! Toutes certainement apparentées, alors que les FERAUD n’étaient représentés que par deux familles. Donc le foyer dans cette bourgade fut considérable et unique pour les FARAUD qui y jouèrent le même rôle que les Daumas pour La Penne ; c’est-à-dire qu’ils constituaient une « trame de fond familiale » pratiquement incontournable pour les alliances matrimoniales. Paradoxalement et en dépit de leur nombre, ils ne débordent pas dans le Val de Chanan sachant toutefois que sous la forme FERAUD, La Penne a connu deux chefs de famille imposables en 1471, BERTHON et JACQUES ; ce dernier y fut même bayle. Cependant, « La » famille pugétoise par excellence et le nombre record de ses membres, déjà au XVIIIème siècle, ne pouvait manquer de s’allier aux BLANC de la même cité entre autres. C’est ainsi qu’au XIXème les FARAUT s’insèrent dans la généalogie pennoise et dans le sillage des BLANC du Collet mais indirectement car ils demeurent des résidents essentiellement pugétois ou étrangers à notre terroir. Les frères FRANCOIS et BENOIT FARAUT épousent donc deux soeurs BLANC du Collet :

- BENOIT (v.1840-) = Françoise Marie BLANC du Collet (v.1850-). Leur descendance éventuelle ne concerne pas La Penne ;

- FRANCOIS (v.1840-) = Fanny BLANC du Collet (1848-1929). Ils eurent deux garçons :

- 1) MARIUS LOUIS dit « Mario », docteur en médecine, épouse Elisa HERAUDI d’Utelle qui lui donne deux enfants, Hélène (religieuse) et JEAN, aussi médecin, époux d’Anne-Marie BERMONT. Leur descendance établie en région parisienne, ne concerne plus notre terroir ;

- 2) PAUL LOUIS HORTENSE (NC1873-NC1943) ingénieur A&M, épouse sa cousine germaine Marguerite Louise Marie BLANC du Collet (1892-1920), la fille d’Auguste (voir ci-dessus). Le décès prématuré de la mère a fait que ce couple n’eut que deux enfants, Marcelle (1916) et Renée (1920-1922) morte en bas âge.

Donc, la branche relais agnatique des FARAUT intéressant La Penne s’efface aussi. C’est donc par entage et sous un autre patronyme que le lignage va se poursuivre grâce à la fille aînée survivante. Mais avant d’aborder cette nouvelle branche, il faut mentionner l’existence de quelques membres isolés qui apparaissent dans nos registres d’état civil, tous originaires de Puget-Théniers ou d’Entrevaux :

- Catherine FARAUT (v.1760-) = Pierre HONNORE (v.1750-). Leur descendance ne concerne pas La Penne ;

- Augustine BLANC du Collet (v.1830-) est en 1854, la marraine de Joseph Alexandre d’AUTHIER, d’un rameau aujourd’hui éteint ;

- Françoise FARAUT (v.1848-) épouse Léon JOUBERT (v.1844-) instituteur à La Penne. Leur fille Eugénie Caroline (1868+) ne survivra pas longtemps ;

- Marie Joséphine FARAUT (v.1890-), met au monde un enfant naturel à Grasse, JEAN FELIX (+1906), mais lui aussi décède l’année de sa naissance au Collet (Pascal GUILLAUME le fermier, en fut le témoin-déclarant).

Il incombait donc à Marcelle par son mariage, de transmettre la consanguinité BLANC du Collet / FARAUT à une nouvelle famille d’accueil. Elle épouse en effet, Albert BLANC-GONNET de Massoins. GONNET, GONET, GONIN ou GONON sont des diminutifs de HUGUES, suite à une aphérèse qui a fait disparaître le lexème hûg, lequel signifiait « intelligent » en langue germanique. D’où son succès comme nom de baptême dès les premiers siècles de notre ère. Marcelle eut cinq enfants d’Albert, nos contemporains :

- JEAN-YVES (1941) célibataire ;

- RENE (1942) divorcé de Josée ACHILLI qui lui donna Noelle. Puis il eut un garçon, OLLIVIER, de Christine CHAIX ;

- Françoise(1944-1999) et son époux Joseph PERPEÏ, ont eu deux filles : Marianne et Solange ;

- MAX (1945) marié à Christiane OCCELLI de Touët, en eut deux enfants, RENAUD (décédé en 1990) et Isabelle ;

- Marguerite (1948) et son époux Jean-Louis VIVALDI ont deux garçons, JEAN-MARC et JEROME.

La propriétaire récemment décédée du Collet, qui était devenu sa résidence principale depuis 1962, est donc à la tête d’une nombreuse descendance d’enfants et petits-enfants. Quant à la pérennité du patronyme, elle repose sur le seul OLLIVIER fils de RENE, après le tragique accident de RENAUD fils de MAX.

En conclusion, l’arborescence suivie depuis l’entrée en scène de son auteur Joseph BLANC au début du XVIIIème siècle, et qui se fonde sur un enchaînement de patronymes, n’est pas particulière à ce clan familial. Ce qui la distingue et rendait son classement difficile en regard des autres groupes, c’est l’identité de ses membres, difficile à cerner car ils sont nés et ont vécu en dehors de La Penne. Le cas s’est généralisé depuis, mais à l’époque, toutes les constructions généalogiques locales s’appuyaient sur les registres d’état civil du terroir et ne pouvaient donc concerner que les natifs de La Penne ou des villages voisins. Les mêmes difficultés ont déjà été rencontrées à propos des Durand de La Penne, mais elles avaient pu être contournées en raison de leur implication dans l’histoire locale qui laissa d’autres traces documentaires. En contrepartie, la famille du Collet, tout comme celle du Pavillon d’ailleurs, est à l’origine d’un nouveau concept essentiel pour la démographie pennoise, celui des résidences secondaires et de leurs occupants. Elle nous fait entrevoir leur importance de façon précoce et prémonitoire. Ainsi, en jouant un rôle de transition, elle nous amène progressivement à un mode de peuplement majeur pour nos campagnes, de nos jours.

1 - Une maison bourgeoise fut d’ailleurs édifiée en plusieurs étapes (au moins trois), distincte des bâtiments fermiers et en amont de ceux-ci vers le Nord. Ceci, à partir d’une construction originelle qui était un ancien pigeonnier incorporé dans l’angle SE de la maison actuelle. L’essentiel de l’agrandissement serait à peu près contemporain de celui du Pavillon des marquis, donc aux alentours de 1870.