Le qualificatif de bon notamment appliqué aux personnes et souvent utilisé en préfixe comme dans bonhomme, n’était pas dans le passé essentiellement lié à l’idée de « bonté » ou de « charité » mais au concept plus large d’aptitude (avoir la capacité, la qualité ou la valeur de ....). Ainsi, Jean « le Bon » roi de France (1319-1364) était réputé pour son adresse dans les combats singuliers et autres duels ; ce qui ne l’a pas empêché d’être vaincu à Poitiers et fait prisonnier par les Anglais. Il mourut à Londres après huit années de captivité, personne n’ayant jugé bon (valable) de payer sa rançon. Le « Bon roi René » comte de Provence (1436-1480) n’avait pas d’égal pour imaginer, organiser et animer les amusements et agapes les plus fastueux au grand dam des finances de son pays. Les Bonaparte et autres Bonnefoy, ainsi surnommés à l’origine pour avoir su choisir le « bon parti » ou la « bonne religion », etc..... D’ailleurs cette sémantique résonne encore de nos jours ; ne dit-on pas d’un incapable qu’il est « bon à rien » ? Ou au contraire, « c’est quelqu’un » à propos d’un « grand bonhomme » ! Mais associé à homme le préfixe en question ici pouvait avoir un sens plus spécifique. En effet :

- entre la fin de l’administration romaine au Vème siècle, conséquence de la lente agonie de l’Empire et le début d’un nouvel ordre burgonde aux IX-Xème siècles, les populations provençales furent en grande partie livrées à elles-mêmes. En principe le relais aurait dû être pris par les autorités religieuses, mais l’action des pasteurs catholiques en dehors d’un étroit secteur rhodanien, était encore trop fraîche ou inopérante. Quant aux villes, elles surent se passer du poids de toute suzeraineté étatique et profitèrent même de leur effacement passager pour entamer une émancipation des plus profitable. Les campagnes étaient donc concernées pour l’essentiel. Or dans le monde paysan, aucun groupement indigène ne peut subsister sans un minimum d’organisations car il y a toujours une « communauté d’intérêts » à défendre ou à faire valoir ; ceci à quelque échelle que ce soit, notamment celle d’un terroir. En conséquence, les habitants d’un secteur avaient coutume de désigner l’un des leurs « pour porter la parole » en cas de nécessité et pour les représenter ; nous dirions aujourd’hui un « interlocuteur valable ». De tels hommes, ancêtres des futurs syndics puis consuls et enfin, maires, devaient avoir une certaine personnalité et les « qualités requises » pour jouer ce rôle. Dans le vocabulaire bas-latin ils furent désignés par le terme de boni hominis ou bonus homo. D’où le surnom de BONHOMME traduisant à l’origine une fonction et que les intéressés transmettront à leur descendance, vu son caractère hautement honorifique.

L’étymologie du surnom BONHOMME ne semble donc pas poser de problème particulier. Cependant, en dépit de sa notoriété initiale et de son ancienneté, il n’est pas devenu un patronyme très courant dans nos contrées et il est totalement absent de La Penne avant la moitié du XVIIIème. Au moins deux raisons peuvent être invoquées. En premier lieu, il est possible que les personnes concernées n’aient pas tenu à perpétuer le souvenir d’une obligation devenue contraignante à travers un patronyme. Car la « fonction » de bonhomme en entrant dans le Moyen Age, s’était peu à peu effacée devant celles de syndic puis de consul, charges certes toujours notoires mais maintenant plus lourdes de responsabilité et surtout, banalisées puisqu’elles touchaient tous les chefs de famille. En second lieu, il apparaîtra que le patronyme en question était présent et fructifiait essentiellement dans le triangle « provençal » formé par La Rochette, Saint-Pierre et Besseuges, déjà terres d’élection pour les Drogoul comme il a été vu précédemment. Donc, avant la rectification de frontière de 1760 qui fit entrer Besseuges dans le giron de la Communauté pennoise en pays sarde, il est normal que les documents officiels de cette dernière ne fasse pas mention de la famille étudiée. Mais tout va changer après cette importante date et à l’ouverture des premiers registres d’état civil donc vers 1763, les BONHOMME sont soudainement bien représentés permettant même de définir plusieurs foyers d’origine :

- Branche originaire de Saint-Pierre (Pl.1) : l’ancêtre que nous connaissons est un certain JEAN JOSEPH (v.1770-) dont le fils JEAN LOUIS (v.1790-) épouse la pennoise Elisabeth CASTEL et s’implante sur notre terroir. Il en aura six enfants : l’aîné JEAN JOSEPH (1819-) marié à Marie DAUMAS et Joséphine (1829-) épouse de Joseph Casimir DROGOUL. Le premier couple aura deux enfants ; leur cadet AUGUSTIN dit « Gustin » (v.1849-1871) sera l’un des cinq héros pennois sacrifiés sur l’autel de leur nouvelle patrie au cours de la guerre franco-allemande « de 1870 ». Quant à l’aînée Marguerite Rosine (SP1840-1872), elle fut la première épouse de François CHIER. Ainsi s’efface de La Penne cette première branche.

- Branche originaire de Besseuges (Pl.2) : l’auteur le plus ancien connu est ALEXANDRE (v.1780-) marié à Marie JOURDAN, la cadette de Joseph II et Marie Anne Chier. Ils eurent quatre enfants dont la benjamine Elisabeth (SP1829-1894) laquelle, en convolant avec Jean DAUMAS « du Serret » devient l’ancêtre de tous les DAUMAS pennois actuels. Suivre le lignage de l’aîné JEAN JOSEPH (1810-) est aussi intéressant car il conduit aux derniers représentants BONHOMME de La Penne. Il avait épousé Marie LIONS de Saint-Pierre ; leur fils HONORE PANCRACE (SP1836-1913) pris comme épouse Victoire Julienne BLANC (1847-1899), la fille de Julien (0/0- cf. famille précédente) qui lui donna cinq enfants ; l’aîné JOSEPH SERAPHIN (1868-) épousa Marie Françoise AUGIER d’Ascros (1874-1946). De leurs quatre enfants, trois sont connus par leur mariage mais leur descendance concerne aujourd’hui d’autres sites.

- Branche originaire de La Rochette (Pl.1) : elle débute pour nous par un second auteur prénommé ALEXANDRE (v.1800-) marié à Anne DAUMAS. Un de leurs fils, JOSEPH BENJAMIN (RC1830-1915) s’installe dans un premier temps à Sallagriffon où il épouse Annette DAUMAS (SG1833-1906), la soeur de Jean François de l’Arène, l’aïeul de Camille ancêtre des BRESCH. Leur fille aînée Maria Rosa Antoinette (SA1859-1939) en épousant Jean GIAUFFRET devient l’ancêtre des Giauffret du Plan de La Penne et aura pour bru « Lucie du Plan » (décédée en 1997).

- En prévision de compléments de données éventuels, une liste de membres ou fragments familiaux qui ne peuvent pour l’instant, être rattachés aux arborescences précédentes, est donnée ci-après :

-- FRANCOIS (v.1780-) = Elisabeth CHABAUD ; leur fils CESAR (1811-) ;

-- Anne (v.1780-) = le tailleur Jean François MAGNAN ;

-- Marie (v.1780-) = Jean HONNORE dit « Tranquil » ;

-- Marie Marguerite (de Besseuges) est marraine de Marie M. DROGOUL en 1795 ;

-- AUGUSTIN (v.1824-) = Marie Landin ; leur fils LOUIS MARIUS (1864+) ;

-- Virginie (v.1830-) = Jean-Baptiste DROGOUL ;

-- Marie (v. 1853-) = Jean-Baptiste CHIER ;

-- JOSEPH (v.1856-) = Alexandrine Coumet ; leur fils MARCELIN ALEXANDRE.

Ainsi s’achève le parcours pennois des principaux rameaux de la famille BONHOMME. Mais si le patronyme n’est plus porté de nos jours dans notre terroir, sa mémoire de sang est toujours bien présente grâce à nombre de liens matrimoniaux tressés avec les autres familles du cru notamment avec les Augier, Chier, Daumas, Drogoul, Giauffret et Jourdan. Grâce à leur alliance avec les Daumas, ils ont servi de « trait d’union », permettant ainsi d’établir une parentèle consanguine de cousinage entre les Bresch, les Giauffret du Plan et la descendance des familles Gaubin et Blanqui (Pl.3).


planche 1

planche 2

planche 3