Origine de l'activité

Claude et Daniel ROMAN sont deux frères jumeaux issus d'une vieille famille pennoise établie depuis le moyen-âge sur les terres fertiles de Pinaud et Champ d'Astier. Bien que la famille soit toujours bien implantée sur la commune, plus aucun Roman ne cultive ses champs à la fin des années 70. Les deux frères, alors agés d'à peine 20 ans, entreprennent de reprendre une activité agricole. Daniel était plombier, Claude s'occupait déjà de fruits et légumes, mais dans la grande distribution. Chacun se lance à son compte, le premier à Champ d'Astier, le second à Pinaud et sur les terres qu'il rachète à sa famille, au Plan.

Ces terrains de moyenne montagne, relativement plats et étendus, sont irrigables toute l'année grâce au « Riou », le cours d'eau traversant la commune du Nord au Sud, du col jusqu'au Palli. Bien exposés au soleil, ils se situent cependant dans un endroit assez humide et froid l'hiver.

 Une croissance rapide mais maîtrisée

Les deux frères se lancent donc au début des années 90, avec l'aide de leur père et de leurs oncles, fraichement retraités. Les débuts sont difficiles et lourds en travail. S'ils possèdent la terre, celle-ci n'est plus exploitée depuis longtemps. Il faut défricher, regagner sur la forêt les parcelles que pins, hêtres, chênes et ronciers ont colonisés en quelques décennies. Il faut aussi revoir l'irrigation. Leurs ailleuls allaient chercher l'eau à la rivière à dos d'âne. Seules les parcelles situées sur les rives même du riou bénéficiaient depuis des siècles d'un système de canalisations sommaires en argile, mais celui-ci est aujourd'hui inexploitable, car partiellement ruiné. La technique permet maintenant d'amener l'eau de la rivière directement aux champs éloignés, mais il faut créer de toute pièce un réseau d'irrigation, coûteux, avec ses pompes, ses bassins, ses canons, ses systèmes de goutte à goutte et ses kilomètres de tuyaux.

le coeur du système : la pompe


10 kms de tuyaux de goutte à goutte à poser par hectare

canon le soir

La superficie des terres exploitées s'étendra progressivement les premières années, à la vitesse de réalisation des travaux de défrichage et d'irrigation précédemment évoqués. Aujourd'hui, Claude exploite 5 hectares, autant que Daniel. Mireille, la femme de Claude, qui les a rejoint dans le métier, en cultive elle aussi 5. Ils ne cherchent plus à en exploiter d'avantage. 5 hectares/personne semble en effet être une limite. Au delà, la terre serait surexploitée et appauvrie, les ressources en eau malmenées. De plus, le travail de la terre et l'entretien des réseaux d'eau nécessiteraient de la main d'œuvre coûteuse. Ils vendent l'essentiel de leur production à des grossistes ou au M.I.N. de Nice, mais aussi directement au consommateur, en se rendant quotidiennement sur le marché de la Libération, à Nice. Le palais princier de Monaco se fournit aussi chez Roman, signe de la qualité de leurs produits.

 Les cultures propices aux conditions géographiques pennoises

Ne pouvant s'étendre indéfiniment, les Roman ont optimisé le type de culture afin de rentabiliser l'espace et le travail. C'est ainsi qu'ils en sont venus à produire essentiellement des courgettes (jusqu'à 150 tonnes par an). Ce légume est en effet particulièrement bien adapté au climat pennois. Nécessitant relativement peu d'eau et facile à travailler, il peut être produit en abondance durant presque 6 mois sur des plateaux ensoleillés de moyenne altitude, du printemps jusqu'aux premières gelées de l'automne. Mais les Roman produisent aussi salades, potimarrons, pommes de terre, concombres ... Tous ces légumes poussent relativement bien à La Penne. Certains, rares, nécessitent plus d'eau ou de travail, mais bénéficient d'une bonne côte de revente. D'autres, moins rentables financièrement peuvent cependant pousser l'hiver, sous serres, et apportent ainsi un complément de revenus en saison creuse.

Afin de préserver la terre, leur outil de production, les Roman évitent les engrais chimiques, fongicides et pesticides. Ils ne sont donc pas à l'abri d'une maladie ou d'un parasite pouvant ravager leur culture. Mais ce phénomène est rare (une fois en vingt ans), tout comme le tarissement du Riou, un été de sècheresse (jamais arrivé de mémoire d'homme).

(à droite le doryphore. La présence de ce parasite en quantité est liée aux fortes précipitations du printemps. Mais c'est aussi la garantie que la production est bonne et non traitée aux pesticides !)

 Diversifier les activités et les revenus

Malgré les efforts consacrés à l'optimisation et la diversification des cultures, les Roman ne peuvent se limiter à la production de quelques variétés de légumes pour leur garantir un revenu correct. Le prix payé aux producteurs par les distributeurs est en effet trop bas, conséquence de la politique agricole mondiale. Ils ne sont pas non plus à l'abri d'un aléas climatique détruisant une production et plusieurs mois de travail. Enfin, et contrairement aux idées reçues, ils ne bénéficient d'aucune aide européenne, destinée aux grands céréaliers ou aux éleveurs.

Serre de persil


Blettes côtelées

Afin de pérenniser leur exploitation, les Roman se diversifient : l'automne, c'est le ramassage des champignons ; l'hiver, ce sont le houx, le gui et la mousse, ramassés dans les forêts pennoises, avec les sapins qu'ils sont allés cherché dans vallée de la Chartreuse, qui seront revendus sur les marchés de Noël niçois. En saison creuse, ils n'hésitent pas, non plus, à traverser la France de nuit pour aller chercher au nord les légumes devenus rares dans le midi. Ils entretiennent aussi, avec l'aide de la famille, une petite basse cours et quelques chèvres. Daniel, débite et vend le bois qu'il récupère en réhabilitant ses champs. Claude, quand à lui, co-exploite avec d'autres agriculteurs des pommiers, l'hiver, dans les Hautes Alpes, ou produit de l'ail, au printemps, dans les Alpes de Haute Provence.

Aspect financier – avenir

C'est au prix de cette diversité, tant dans les cultures que dans le travail, que les Roman parviennent à maintenir leur activité agricole sur la commune. Cependant, leurs revenus ne sont pas proportionnels au travail et à l'investissement. Ils parviennent à peine à joindre les deux bouts. L'effondrement des prix de vente et les lourdes charges et taxes pesant sur les exploitants ont souvent raison de certains budgets, pourtant primordiaux dans leur travail comme l'entretien des engins agricoles, des camions et du réseau d'irrigation.

Ramasser chaque jour des tonnes de légumes dans les champs, rouler plusieurs centaines de kilomètres et les revendre sur les marchés ont aussi des conséquences sur la santé. C'est du 7 jours sur 7, toute l'année, de l'aurore jusque tard dans la nuit. Ils ont conscience qu'ils ne pourront suivre ce rythme encore longtemps. Les douleurs au dos sont là pour le leur rappeler quotidiennement.

Les bonnes années, les bénéfices sont investis dans l'achat de terrains, agricoles ou non. Les nouvelles parcelles cultivables sont exploitées afin de soulager périodiquement les terres (cultures et friches tournantes).

Claude Roman s'attèle cependant à un nouveau projet pour son propre avenir et celui de son exploitation agricole. Depuis plus de dix ans déjà il prépare une « semi-reconversion ». Il souhaite en effet tourner son exploitation vers le tourisme et la restauration en créant une ferme-auberge. La Penne et ses paysages ruraux sont appréciés des touristes depuis toujours. Sa production est appréciée sur les marchés niçois depuis vingt ans. Pourquoi ne pas proposer à sa clientèle de venir la déguster sur place ? Mais afin de transmettre aussi un savoir faire et la mémoire de l'activité rurale à La Penne, il souhaite donner avant tout un aspect pédagogique à sa ferme-auberge, en sensibilisant le visiteur sur les métiers de la terre et les produits locaux.

Son projet avance difficilement. Aux contraintes financières s'ajoutent les barrières mises en place par certains élus locaux ...

Pour leurs enfants, qu'ils ont à peine le temps de voir grandir, ils ne souhaitent pas les mêmes galères. Bien sûr, ils désirent que ces derniers puissent continuer l'activité agricole familiale, transmise presque sans discontinuité de génération en génération depuis le moyen-âge, si ce n'est depuis l'antiquité ! Mais ils ne veulent pas que cela se passe dans les conditions qu'ils connaissent, au détriment de leur santé.