En Provence, comme dans tout pays de l’Hexagone hormis peut-être chez les Vikings « normands », le XIème siècle est une suite et fin du haut Moyen Age. La féodalité va même connaître son apogée mais qui sera stoppée net par la première Croisade et après elle, plus rien ne sera comme avant ; le premier grand virage de la période médiévale va donc être pris. Toutefois, il serait vraiment extraordinaire que le bouleversement annoncé dont la portée sera mondiale, n’ait pas ses racines dans les temps qui précèdent, justement ceux de ce siècle que nous abordons. Des prémices annonciateurs de changement vont en effet apparaître et perturber tant soit peu, la routine des coutumes ou les régimes de gouvernement auxquels nous sommes maintenant habitués. Il faudra les détecter et être vigilant car ils écloront dans les siècles à venir. L’Histoire est bien un long enchaînement.

On croyait que le féodalisme des seigneurs était une attitude ou une façon de gérer plutôt moyenâgeuse et propre à cette période. C’est en fait un état d’esprit qui peut habiter le mental d’un dirigeant de n’importe quelle époque jusqu’à nos jours, grand ou petit, comte ou baron, évêque ou émir, podestat d’une simple ville,… Le système n’est jamais viable à terme car il est notoirement anti-économique, très coûteux et source de conflits permanents par la multiplication des barrages frontaliers. S’il n’est pas détruit de l’extérieur, il mourra fatalement de consomption. L’incitation au féodalisme est souvent déclenchée par un environnement hostile, celui qui commande à des citoyens de s’enfermer derrière des remparts ou un espace limité rendu étanche. Elle répond à un besoin de protection inhérent à l’homme soucieux de sa sécurité ou de préserver ses privilèges… quelques apprentis despotes pourront en profiter !

L’antithèse du féodalisme est l’impérialisme, autre état d’esprit tout aussi nocif et peu viable mais dont l’impact néfaste est plus notoirement connu et admis. De façon moins insidieuse et plus tonitruante, certains empereur, roi, duc, capitaine d’industrie, chantre d’idéologie ou qui aspirent à le devenir, affichent clairement leur intention d’imposer leurs diktats à la multitude, de soumettre les états par le militaire, l’économie ou la culture, voire la religion. Pour ces apprentis despotes d’un nouveau genre, seule l’échelle de leur ambition change, elle devient continentale !

Devons-nous toujours être ballottés entre ces deux extrêmes, la peste ou le choléra ? Certes non ! Une solution existe déjà suggérée au Moyen Age mais encore timidement ou maladroitement appliquée même de nos jours. Nous l’aborderons donc dans une prochaine partie car pour l’heure, la féodalité occupe toujours toute l’actualité bien que quelques indices de dissolution commencent à pointer… Nous essaierons de suivre l’évolution à travers trois chapitres principaux :

- Qui hérite ? Dots et legs. Immixtion de l’Eglise ;

- Histoire d’un effilochage : la fin de la dynastie burgonde ;

- Papauté et prélude pour des Croisades en tous genres.

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A - LES SUCCESSIONS ET L’INFLUENCE DE L’EGLISE.

La coutume germanique qui a maintenant valeur de juridiction organique ou régalienne et que suivaient d’ailleurs aussi tous les peuples de notre hémisphère depuis la nuit des temps, veut que celui qui est appelé à diriger un clan, une tribu, une ethnie, un état, soit l’élu de son peuple. L’élection permet seule en principe, de choisir l’individu le plus apte à exercer un commandement. Cependant très tôt, la coutume lui a associé un caractère héréditaire, pourquoi ? Tout simplement et naturellement parce qu’un bon seigneur a le privilège de donner à sa progéniture la meilleure instruction dans les meilleures conditions et puis… « tel père, tel fils » ou bien, « bon sang ne ment jamais ! »… constat ancestral que nos biologistes modernes s’efforcent de comprendre et de rationaliser. Mais ce n’est qu’une tolérance et la fonction demeure strictement liée à l’aptitude ! Que l’on soit roi ou fils de roi, si l’incapacité à gouverner devient patente, « l’élu » pourra être détrôné à tout moment ; c’est la règle et une certaine précarité accompagne donc l’exercice d’une charge suprême. D’ailleurs les peuples germaniques en particulier, ne se privaient pas d’utiliser cette prérogative si nécessaire, comme nous l’avons souvent souligné antérieurement, notamment à propos de l’oligarchie lombarde en Italie. Telles étaient la loi et sa dérogation à l’époque.

Le pilotage automatique du système conduisait au choix du fils aîné. Le pilotage « manuel » quant à lui, amenait le souverain du moment à faire un choix préalable parmi ses enfants pour proposer celui, éventuellement un puîné ou le cadet, qu’il estimait plus amène de remplir la fonction et qu’il désignait de son vivant. Mais ce choix arrêté, la succession va se trouver fixée sur le lignage de l’héritier et lui seul où d’ailleurs, peuvent réapparaître les problèmes posés par le « droit d’aînesse ». Les filles au même titre que les fils, ont droit à cette succession. Si ledit lignage est interrompu (couple sans enfant) ou s’il aboutit sur une héritière, on revient obligatoirement au système de l’élection. Dans le premier cas, aucun membre de la parenté (oncles, grands-oncles, frères, neveux, cousins,…) ne peut se prévaloir d’une priorité quelconque et tout autre seigneur n’appartenant pas à la parentèle ou parent très éloigné, pourra se porter candidat amenant alors, un possible changement dynastique. Dans le second cas, l’élection intervient non pas pour contester le droit à héritage de la fille mais pour avaliser le choix de son époux car elle va lui transmettre ses pouvoirs, conduisant ici à un changement de branche agnatique (par les mâles) au sein d’une parentèle qui demeure par entage (par les femmes). Mais qui est habilité à élire notamment au XIème siècle ? C’est évidemment une importante question ! Ces « électeurs » (et plus tard « Grands Electeurs » en Allemagne) appartiennent au cercle que l’on nommera le « Conseil des Barons ». Il s’agit de féodaux grands ou petits, suzerains sur leurs terres mais qui reconnaissent être membres d’un état impérial, royal, voire ducal et présentement « en panne d’héritier ». Certes, pour une promise à la tête d’une succession juridictionnelle importante, l’avis de sa famille, des proches conseillers laïcs ou ecclésiastiques de son entourage et parfois anciens ministres, compte aussi et peut même présider à une sélection de candidats-époux, mais l’élu retenu doit être désigné par ou recevoir l’aval de l’aréopage « baronnial » pour devenir légitime ! Telle est la loi coutumière pratiquée par les peuples germaniques ou de descendance germanique dans lesquels s’inscrit la mouvance burgonde provençale entre autres. Ce conseil des « Barons » n’est en fait qu’une réminiscence des anciens groupements de guerriers qui à la haute époque des vagues germano-scandinaves, élisaient comme nous l’avons vu leurs chefs et surveillaient étroitement la capacité de leur dynastie royale à les conduire au combat ou pour guider les pérégrinations de leur ethnie à travers l’Europe. En somme, une coutume régalienne de plus, d’essence ou de pratique germanique très suivie et qui demeurera fortement ancrée dans les usages et l’esprit des féodaux médiévaux… sinon dans la règle à suivre.

N.B. : ce principe de l’élection à l’origine purement laïc, avait été adopté par les Paléochrétiens au début de notre ère pour désigner leurs évêques. Bien que par la suite, ces derniers préfèreront de beaucoup se coopter au sein de leur famille aristocratique, à l’approche des grands bouleversements du Moyen Age et à l’instigation de la papauté, ils clameront haut et fort leur « fidélité doctrinale » au système électoral ; bien entendu, dans le but de soustraire la nomination des prélats à l’influence du profane. Nous savons que jusqu’ici, ils n’y sont jamais parvenus, notamment après avoir vécu les expériences mérovingiennes et carolingiennes. Mais maintenant le problème va rebondir et nous devons nous préparer aux « Querelles des Investitures » (cf. ultérieurement) ! Le haut clergé voudra, exigera même, que ses membres soient désignés par la seule hiérarchie ecclésiastique. C’est très bien (enfin !) mais la démarche va révéler toute son hypocrisie quand ces mêmes prélats bafouant allègrement l’appel au suffrage, conseilleront aux oligarchies régnantes de le transgresser sans état d’âme quand leurs intérêts particuliers sont en jeu ; c’est-à-dire, un peu trop souvent et cette assertion pourra être illustrée sans peine ! Mais les problèmes de succession ne concernent pas seulement les hautes charges de souveraineté et pour développer ces questions de fond, les Provences constitueront toujours un bon modèle à valoir pour les villages du val de Chanan et leurs nouveaux résidents.

§ - Transmission des biens fonciers et dot des filles.

Le cycle des dots peut constituer une bonne entrée en matière. La dot est en quelque sorte, une « avance sur héritage » reçue en numéraire ou le plus souvent en terres, par une fille la veille de son mariage. L’épousée reste sa vie durant, propriétaire de sa dot. C’est-à-dire qu’elle peut la transmettre à son époux pour qu’il la fasse fructifier mais en aucun cas pour la consommer. Si d’aventure elle est répudiée (elle ne peut avoir d’enfant par exemple, motif non rare mais illégal dans la chrétienté… en principe) elle récupèrera intégralement son bien ou son équivalent. La dot est destinée à devenir à son tour, une part d’héritage au bénéfice de certains enfants du couple. L’épouse est seule maîtresse de sa destination et va s’en servir pour rééquilibrer l’héritage familial que le père réserve en majeure part plutôt aux aînés. Ainsi en compensation, les cadets et les filles se partageront la dot de leur mère donc en partie, pour servir à nouveau de dot mais… amoindrie, etc… Telle est la loi coutumière. Certains maris peu scrupuleux dilapideront ou « confisqueront » la dot de leur conjointe, escroqueries sources de conflits voire de guerres que les chroniqueurs ignorent assez fréquemment, étant plus intéressés par les conséquences.

La transmission des biens fonciers allodiaux va poser des problèmes autrement plus graves aux suites incalculables. Le simple bon sens nous suggère que lorsque un propriétaire est nanti d’une nombreuse progéniture, son domaine se fractionnera rapidement par les héritages successifs jusqu’à atteindre un stade d’atomisation au bout de trois ou quatre générations, ne procurant plus alors et au mieux, qu’un minimum vital aux derniers bénéficiaires ! Cela est mathématique et l’inflation démographique qui se prépare est déjà une évidence si l’on se réfère aux principales familles de conquérants présentées dans un précédent chapitre. Nous touchons là à une cause fondamentale de la disparition de la féodalité, sachant que d’autres causes plus subsidiaires pourront intervenir. Bien entendu, si le foncier concerné est important, par exemple à l’échelle d’un comté, le phénomène pourra être retardé et s’étaler tout au long du Moyen Age. Aussi, les alleutiers et plus généralement tous les possesseurs de terres, expérimenteront deux procédures pour tenter de le freiner :

- le « droit d’aînesse » ;

- l’indivision.

- Le « droit d’aînesse » est une expression fort connue mais trompeuse car le « droit » n’a rien à faire ici. C’est une simple coutume d’ailleurs mal acceptée ou pas du tout, dans les mœurs germaniques ou assimilées. Paradoxalement, son application s’observera aux deux bouts de la société, là où les extrêmes ne se rejoignent jamais ! Au sommet, dans le cercle des dirigeants, nous venons de voir ci-dessus qu’il était une tolérance pour la transmission du pouvoir et sous certaines conditions. A la base, dans le monde de la petite paysannerie, il s’exercera souvent pour ne pas dire systématiquement ; en premier lieu, parce que les indigènes ligures ne sont pas encore tout à fait « germanisés » ; en second lieu et surtout, pour une raison élémentaire de survie. En effet, les petites exploitations ne peuvent faire vivre et difficilement, qu’une seule famille, c’est un lieu commun probablement depuis l’installation des premiers Bérétins dans le val de Chanan. Il motivait déjà le départ des auxiliaires s’engageant dans les cohortes romaines, des marginaux « maures » devenus bandits de grands chemins… Maintenant, l’ordre et la paix revenus, il n’est toujours pas question en principe, que les cadets cultivateurs et/ou éleveurs demeurent à la charge des familles. Ils partiront besace au dos, pour faire le berger, le magalon (ouvrier agricole piochant au magaù) sous d’autres cieux… et tous les espoirs sont permis pour les plus ambitieux maintenant qu’ils sont devenus des « catholiques » ! Tous ces gens sont des hommes libres et on insistera jamais assez sur ce point, comparés aux serfs de la plèbe rurale qui « vivaient » sous l’oppression des « francs » dans le Nord de l’Hexagone (cf. infra). Ce « droit d’aînesse » était appliqué de façon draconienne dans les villages perchés du Haut Pays nissardo-provençal d’essence lombarde (encore au XIXème siècle) ; avec une souplesse plus grande dans les communautés ligures comme celles de la Val du Moyen Pays, pourtant moins favorisées. Un esprit de solidarité plus présent et ancré en est probablement la cause.

L’indivision des domaines agraires et non pas celle d’un « honneur » ou charge comme la vivaient les frères « comtes de Provence » de la conquête déjà vus, a pu être pratiquée un temps par quelques clans de la vaste classe moyenne des barons et tenanciers burgondes ou par quelques anciens « gros » propriétaires locaux devenus rarissimes, suite à la mainmise des précédents. Les seigneurs notamment, frères et sœurs non encore mariées, pouvaient s’entasser dans un château avec leurs enfants et neveux trouvant plus avantageux de mettre en commun les revenus et ressources d’un domaine pour subsister, plutôt que se disperser chacun sur son lopin de terre. C’est vrai mais ce processus n’était pas viable à long terme surtout à l’époque et demeurera exceptionnel (cf. infra). Les exigences d’une discipline rigoureuse, d’une bonne entente familiale, ne résisteront pas au temps, à la surpopulation des lieux toujours liée à une démographie galopante et après deux générations de familles nombreuses…

En résumé, aucun système ne se révèle une panacée. Lentement mais sûrement, les acteurs de ce qu’il faut bien appeler un drame, reviennent à (ou n’ont jamais abandonné) la coutume ancestrale du partage dans les successions. Ainsi s’amorcera la décomposition inéluctable des domaines alleutiers et sera ébranlé le socle de la féodalité ; aussi, il n’était pas nécessaire que les évêques et surtout les abbés, interviennent comme ils le feront pour accélérer le phénomène. La foule des « chevaliers » désœuvrés et réduits à la portion congrue, gonfle et devient menaçante. Toujours habités par l’ambition mais qui devient de plus en plus incertaine, ils sont fin prêts pour écouter les sirènes de l’aventure. Décidément, si les Croisades qui se préparent n’avaient pas eu lieu, il aurait quand même fallu les inventer ! Car pour un guerrier ou fils de guerrier de ce temps, rien ne vaut un bon conflit armé pour espérer renflouer sa situation financière après un siècle de paix. Mais la crise à venir ne sera pas générée que par les problèmes que rencontraient les propriétaires de « biens propres ».

§ - Transmission des seigneuries.

Est seigneur d’un lieu, paroisse, baronnie, comté,… celui qui l’administre et y exerce la justice. Ce sont donc des juridictions ayant des limites administratives communes avec les juridictions voisines indépendamment de leurs superficies relatives. Ainsi, un comte dans son comté peut voisiner avec un baron dans sa baronnie et exercer tous deux leur suzeraineté sous couvert direct de leur roi, sans intermédiaire (un duc éventuellement). Auquel cas, ils seront l’un et l’autre « princes », c’est-à-dire se considérant comme adjoints immédiats de leur souverain. Ce sont ces « grands » et « petits princes » qui ensemble, constitueront le conseil dit « des barons » (sens alors général de seigneurs titrés). Normalement, ces titulaires sont aussi les plus grands propriétaires fonciers de leur juridiction. En principe, la baronnie englobe plusieurs paroisses à la tête desquelles peuvent être placés des seigneurs mais qui n’y exerceront qu’une juridiction déléguée par le baron. Cependant, certains de ces « seigneurs de villages » non titrés, déclareront ne dépendre d’aucune baronnie (ou comté) et prétendront donc être des « princes » (cas du prince de Callian déjà vu). Pareillement, le comté peut englober plusieurs baronnies et si elles ne se sont pas considérées comme autonomes, les barons n’y exerceront qu’une administration déléguée par leur comte. Enfin, si un duc est en mesure d’exercer sa suzeraineté sur des comtes, ceux-ci n’exerceront leur pouvoir juridictionnel que par délégation aussi, ce qui n’est pas (encore) le cas dans les Provences. En résumé et le sujet est très complexe, il existe deux sortes de seigneuries : - des seigneuries de plein exercice dont les titulaires se proclament volontiers princes (du comte à la tête d’un diocèse, jusqu’au chef d’un simple village, en passant par quelques barons) ; - des seigneuries déléguées (en général des barons ou chef de villages) et la paroisse de La Penne avec son seigneur, entre dans cette catégorie. Plus tard, les villages et terroirs de Chaudol, Besseuges, Puget-Figette (Saint-Pierre) et La Rochette, seront regroupés pour constituer la « baronnie du val de Chanan ».

Il n’est pas facile de percevoir au travers de ces rangs plus ou moins hiérarchisés, l’influence de la famille. Au départ, le titulaire d’une juridiction de plein exercice c’est-à-dire suzeraine, semble être une forte personnalité capable de se faire craindre et respecter, même s’il gère un petit territoire. Tandis que dans le second cas, le titulaire aurait pu recevoir sa délégation en avance sur un héritage, en prévision d’une succession ; le père de son vivant n’ayant pas voulu se dessaisir de ses titre et pouvoir. Seulement après la disparition de celui-ci, il pourra être titularisé sauf si l’ensemble des héritiers (par exemple des barons) s’entendent pour gérer en indivision, le principal d’entre eux continuant à porter seul le titre de comte à la tête d’un comté indivis (cas des frères comtes de Provence, cf. supra). On le devine, cette délicate structure nécessite un bon consensus des parties et il sera difficile de la maintenir au delà de quelques générations. A la base du système au niveau de la cellule paroissiale, la situation peut devenir encore plus inextricable. Là, l’encombrement des « titulaires » (rarissimes princes !) à côté d’une foule de « seigneurs délégués », est total. La notion de coseigneurie n’est pas encore très courante mais elle va se généraliser bientôt. Quel pouvoir juridictionnel pourront-ils exercer dans ces conditions ? Nous essaierons de le voir dans un prochain chapitre. Ce qu’il faut retenir à ce stade est que : - primo, la seigneurie et pouvoir de gestion afférent, sont appelés à se morceler à travers les successions, comme c’était déjà le cas des alleux ou biens personnels ; - secondo, seigneurs et alleutiers sont souvent les mêmes personnages mais ils ne gèrent pas les mêmes domaines. Le juridique couvre et intègre nécessairement les biens fonciers ou mobiliers (taxe sur les moulins, péage de voirie, revenus d’église…) mais les deux concepts sont d’ores et déjà à déconnecter et vont évoluer parallèlement. On connaît des alleutiers qui n’exerçaient pratiquement aucun pouvoir seigneurial et inversement, des seigneurs très petits propriétaires de « biens propres ».

Une question nous interpelle maintenant. Que recueilleront les filles de l’héritage seigneurial ? Les chroniqueurs clament et les historiens enseignent que : « lorsqu’elles ont été dotées de biens (fonciers), elles ne peuvent plus prétendre à la succession seigneuriale ». Le mélange des deux concepts est flagrant ! Est-ce à dire, au cas où il n’y aurait que des héritières, que la dernière non encore mariée parce qu’elle était la plus laide, la plus bête, la plus vieille ou au contraire la « jeunette » de la famille doit seule hériter de la seigneurie ? Alors que ses sœurs plus avantagées par la nature ou plus méritantes ne bénéficieraient de rien, ne pourraient transmettre aucun pouvoir à l’époux, donc aux enfants à venir sous prétexte de la dot ? On cherchera en vain une justification dans les lois coutumières germaniques. Il se trouve en réalité que ces héritières outrageusement avantagées et quoi qu’il en soit de leur physique ou psychisme, restaient seules au lendemain du décès du père seigneur, donc proies faciles pour les « manipulations » et les intrigues politiques des « marieurs » ! Là est la raison fondamentale et elle n’a rien de légitime. Ces manigances en général bien préparées par des comploteurs affûtés, réussissent souvent et il suffit ensuite de leur donner l’aval de l’histoire officielle mise devant le fait accompli. Mais de telles manœuvres pourront aussi et naturellement, engendrer de graves conflits lesquels entre autres pays, ravageront les Provences et que nous aurons à illustrer (cf. ultérieurement les guerres baussenques). Retenons pour l’instant les causes.

§ - L’Eglise : principale propriétaire foncière des Provences.

Comment les Eglises séculière et surtout, régulière, ont-elles pu engranger autant de biens (tous secteurs confondus) pour devenir les principales propriétaires en Provence notamment, alors que le monde des laïcs ne cesse de croître presque démesurément sur des terres de plus en plus divisées par les héritages ? Cela semble impossible ou une gageure et pourtant… Elles mettront un siècle pour y parvenir et le challenge sera remporté à la veille des Croisades en employant plusieurs moyens concomitamment et liés : à la pratique religieuse normale ou « renforcée », aux combines habituellement utilisées par les « marchands de biens », au chantage, etc… Déjà nous avons assisté à l’entrée victorieuse des évêques et abbés au pays des « Maures » à la suite des conquérants, non seulement pour récupérer leurs anciens sièges et monastères mais pour étendre leur emprise territoriale jusque dans le moindre terroir comme Chaudol ou La Penne, nouvel apostolat oblige… et selon une procédure de répartition préétablie déjà évoquée (villages claustraux et terres réservées dans les villages castraux). Mais ce n’était qu’un début !

1 - Action du clergé séculier : les évêques obtiendront de leurs parents laïcs un maximum de domaines dans leur ville épiscopale et environs pour satisfaire leurs besoins et aussi ceux de leurs chanoines et des prêtres officiants constituant le chapitre ou rattachés à lui. Pour l’instant il n’y a pas encore de conflit avec les moines car ceux-ci, les plus nombreux, détachés dans les villages claustraux ou dispersés dans les multiples prieurés de campagne (le Puy à La Penne, St Raphaël à Chaudol,…) acceptent de reverser à l’évêque patron du diocèse, une part notable de leurs bénéfices ; nous sommes dans l’euphorie des premiers temps d’un apostolat militant (construction des chapelles rurales,…). Or les prélats ne se contenteront pas de ces premiers gains. Ils encouragent les seigneurs laïcs, leurs parents, à construire d’autreséglises et cette fois sur leurs propres alleux, à leur frais mais en leur assurant un amortissement rapide de l’investissement par une rétrocession d’une part des prébendes (revenus des offices religieux) et en particulier, tirées de l’exploitation des cimetières. Les seigneurs obtempèrent volontiers car ils considéraient déjà que le clergé offrait, c’était notoire, un débouché des plus intéressants, lucratifs et assurés pour leurs enfants ; du moins pour ceux, les plus intelligents, qui acceptent de recevoir un minimum d’instruction religieuse plutôt qu’une formation martiale traditionnelle. De plus, ils ont le sentiment bien réel que leurs biens ainsi sacrifiés, demeureront « dans la famille » car il faut libérer des terres vouées au fermage pour assurer la subsistance des religieux qui officieront dans ces nouveaux établissements, aussi des prieurés. Ces derniers devaient constituer une véritable rampe de lancement pour le fils du seigneur devenu prêtre et débutant en ces lieux ; ensuite, son cursus était tout tracé, avec un peu de chance et beaucoup d’ambition, il devenait chanoine et pouvait même espérer accéder un jour à l’office suprême d’évêque ou voire, abbé de monastère, dans son diocèse ou ailleurs..

Ce plan en apparence bien huilé, fonctionna effectivement au début du XIème siècle mais va bientôt connaître ses premiers grippages. En effet, les membres du haut clergé se mariaient quasi ouvertement à l’époque et fondaient familles à leur tour ! Donc ils préfèreront réserver l’héritage de leur office à leurs propres enfants plutôt que l’abandonner à la promotion de petits cousins ou neveux. Première conséquence, la filière des prêtres directement issue du laïc va se tarir et le pressenti faute de débouché, préfèrera vivre chichement avec une épée à son baudrier plutôt qu’un goupillon à la main, fierté oblige... Deuxième conséquence grave, une graine de discorde est semée au sein de l’arborescence familiale. Certes, rien n’est systématique et la situation n’est pas totalement manichéenne mais un malaise certain s’instaure entre les branches d’obédience ecclésiastique et celles demeurées essentiellement laïques. Désormais, il pourra y avoir divorce et même une source pour de sérieux conflits à venir. Enfin, troisième conséquence encore plus dramatique et là nous touchons au but, les églises construites par les seigneurs étant désertées par les prêtres, il faudra les remplacer par des moines ! Or l’évêque est le responsable suprême de la pratique liturgique dans son diocèse, bon gré mal gré il va donc convier son parent laïc à céder ses églises aux abbayes de Lérins ou de St Victor. D’ailleurs lui-même est parfois aussi contraint de le faire lorsque ses chanoines et prêtres attachés rechignent à satisfaire les offices de leurs propres établissements (trop accaparés par la gestion de leurs biens « personnels », la charge familiale…). Ainsi se « déshabille » le seigneur au profit du moine car bien entendu, il va se priver non seulement d’un lieu de culte mais aussi de tout le domaine qui lui était lié (terres, revenus des moulins, fournils, pêcheries,…). Mais ce n’était là qu’une première cause de l’enrichissement constant des monastères au détriment de l’aristocratie profane. Le meilleur est à venir !

2 - Actions du clergé régulier : elles seront nombreuses et tous azimuts. Ce n’est plus un secret, chacun sait depuis le haut Moyen Age que les moines s’enrichissaient en recevant de nombreux legs et donations. De bas en haut de l’échelle sociale, les populations les considèrent toujours comme seuls vrais chrétiens et dignes de bienfaits (voir St Jérôme et le IVème siècle, cf. p.259, 282, 374). Il est vrai qu’ils ne font pas l’étalage de leur richesse, ni sur leur personne, ni par leur comportement discret ou leur train de vie en apparence modeste et n’affichent pas de familles dispendieuses à entretenir, comme les prélats du siècle. Par contre, ils multiplient et étoffent leurs maisons ; on entre progressivement dans l’ère des grandes abbayes bénédictines « aux mille succursales ». Au début du XIème le mouvement connu une brusque accélération répondant bien sûr à une augmentation parallèle des dons. Comment et pourquoi cet accroissement assez soudain des richesses monacales a-t-il pu se produire et que traduisent les milliers de chartes des cartulaires ? Certains chroniqueurs ou historiens l’expliquent par un développement exceptionnel de la piété et de la foi (aboutissant à l’édification des grandes cathédrales gothiques, cf. ultérieurement) ; d’autres, moins sensibles aux élans religieux, l’expliquent par le développement concomitant d’une grande naïveté habitant les gens de ce temps qui se reflèterait aussi dans l’art roman, notamment au niveau de la sculpture et de la peinture. Or il semblerait que ces deux thèses par ailleurs fort connues, parfois confondues ou associées, soient hors-sujet ! Les moines vont en effet, développer ce que l’on pourrait appeler le culte de la Peur ou « peur de l’Enfer », en intensifiant partout, leurs sermons eschatologiques en s’adressant à la foule et surtout… aux seigneurs ! L’idée est ancienne et déjà prônée par les « docteurs de la foi » que ce soit dans le monde des chrétiens (St Basile) ou celui des mahométans (cf. supra). Pour enrégimenter les Croyants de manière efficace, la crainte de l’Enfer et de ses flammes éternelles, est un argument beaucoup plus mobilisant que la promesse d’un Paradis de délices. Ceci appelle un commentaire :

- La spiritualité d’un peuple converti à une religion fondée sur les Mystères, décroît régulièrement et inéluctablement, au fur et à mesure que sa culture se développe avec la connaissance scientifique. Les dogmes religieux tombent un à un et dans la pratique, la liturgie mythologique se transforme insensiblement, cédant la place à un rituel religieux qui se réclame plus de la coutume ou des traditions que de canons doctrinaux ; lequel rituel pouvait néanmoins demeurer très fort (cf. les Hébreux). En conséquence, les gens du Moyen Age n’étaient pas particulièrement ou exceptionnellement plus « naïfs » en matière de foi, qu’en d’autres temps ; ils étaient simplement un peu moins « crédules » que leurs aïeux de l’Antiquité et le demeurent encore un peu plus par rapport à leurs descendants de la Renaissance. Ils s’inscrivent à la place qui doit être la leur, sur la pente régulièrement dégressive du Credo. Par contre, il est un domaine clef où rien n’est encore joué (à l’époque au moins) ! Celui de notre Devenir après la Mort où toutes les spéculations sont encore permises et les clercs vont bien entendu, se l’accaparer ; d’où les concepts de Paradis et de l’Enfer, pour l’heure chasses gardées des moines !

L’homme du Moyen Age ne menait pas une vie exemplaire et s’il y a une constante dans l’Histoire, c’est bien celle-là. Donc beaucoup de fautes à se faire pardonner s’il ne voulait pas connaître les flammes de Satan et à l’époque, il n’y avait pas de degré, tous les manquements étant gravissimes et des crimes à l’égard de Dieu ! Or pour obtenir le pardon de ses péchés, pas question de se dédouaner par des promesses de bonne conduite ou par quelques Patenôtres ; le moine accordera l’absolution au « pécheur » seulement contre remise de quelques terres, quelques moulins,…au moins quelques jardins, vergers, condamines, bracerias (petits lopins genre restanques cultivables seulement « à bras ») pour les fautes « vénielles ». Même le pauvre paysan devra s’amender en donnant quelques charges de blé, quelques jours de corvées,… Mais il ne suffira pas d’éponger les séquelles du passé, il faudra et surtout penser à l’avenir, celui de son esprit… pardon, de son âme pour qu’elle ne plonge pas dans l’enfer après notre mort ! Non seulement la notre (en prévision) mais aussi celles de nos parents et aïeux déjà décédés et dans ce domaine, « il ne sera jamais trop tard pour bien faire » ! Au motif de « sauver notre âme » ou pour obtenir la grâce et le « repos de celles de nos chers défunts », les moines vont accepter des dons, sans limites du raisonnable car bien sûr, les « chances » d’être entendu par le Très-Haut ou le Saint intercesseur invoqué, seront proportionnelles à l’importance de ceux-ci ! Vallées ou portions d’icelles, villages entiers, manses (grande exploitation autonome), etc… souvent accompagnés de leur juridiction seigneuriale, tombent ainsi dans l’escarcelle des monastères. Les cénobites scribes vont soigneusement et méticuleusement enregistrer par écrit ces actes de donation et on verra plus loin pourquoi il s’avérait prudent de le faire. Etant seuls lettrés à l’époque, ils iront ultérieurement jusqu’à falsifier ces « preuves écrites » en y ajoutant des éléments, des témoins notoires (déjà décédés à l’époque) ou carrément, en créant de fausses pièces en utilisant les feuillets vierges des cartulaires.1 Cependant, il ne faut pas généraliser et le recours à de tels procédés demeurera exceptionnel bien que non rare, la manne reçue « régulièrement » étant déjà très importante. Mais nous sommes toujours dans l’axe de la Fausse Donation de Constantin ou des Fausses Décrétales de St Isidore et « …pour la bonne cause de l’Eglise » que ne ferait-on pas comme dirait Voltaire (cf. supra) ?

Les moines vont aller encore plus loin dans leur action. Tous ces dons de territoires reçus du vivant des donateurs ou en tant que legs testamentaires ou à valoir suite à un viager, sont dispersés dans toutes les Provences et parfois constitués d’un « tout-venant » foncier pas très pratique à exploiter. Ils vont donc procéder à des échanges pour étoffer et uniformiser les meilleurs lots par exemple concernant des villages, afin qu’une vallée entière devienne propriété seigneuriale d’une abbaye. Maîtres du jeu, ils les imposeront aux laïcs et pour peaufiner leurs opérations, ils iront jusqu’à proposer l’achat de certaines parcelles pour un prix dérisoire ou symbolique (un porc, un âne, une brebis avec ses agneaux,…) et il serait bien malvenu voire blasphématoire pour le commun, de refuser des tractations de ce genre ! Autrement dit, le remembrement des territoires monastiques se réalise sur un démembrement des terres de seigneurs comtes, barons ou villageois. Ainsi se valorisent les premiers au détriment des seconds. Les moines « marchands de biens » étant présents partout, on peut être certain qu’aucune affaire « juteuse » n’a pu leur échapper ! Donc si un jour, le village castral de Puget-Figette à côté de La Penne, devient claustral en migrant autour de l’ancienne chapelle de Saint-Pierre, ne soyons pas surpris.

Un tel enrichissement des monastères de Lérins et de St Victor pour ne citer que les plus notoires (avec St Pons de Nice), peut nous paraître outrancier mais il scandalisait déjà les contemporains et notamment ceux qui en furent les premières victimes, c’est-à-dire les descendants de ces prodigues donateurs qui se virent ainsi privés d’une part notable de leur héritage, sinon de la totalité. Même certaines grandes dames et mères devenues veuves, n’ont pas hésité à consacrer tout ce qui leur restait de biens, souvent une dot, pour faire édifier des couvents de nonnes dont elles devenaient abbesses, achevant ainsi leur vie dans la plus grande quiétude entourées de « sœurs ». Avec la bénédiction de l’Eglise, ces « modèles de piété fervente » laissaient choir leur progéniture. Par manque de confiance en elle pour les assister dans les vieux jours ? Les temps sont durs… Puis une seconde série de victimes se manifeste. Assez inattendue, il s’agit des chanoines que leur évêque avait expropriés de certaines églises et biens afférents au bénéfice des moines, offices obligent (cf. supra)... Ils ne décolèrent plus et de violentes disputes meubleront les siècles à venir… pour atteindre La Penne où il y aura mort d’homme ! Nous en reparlerons donc. Retenons pour l’instant les causes et racines de ces conflits qui sont du XIème. Mais pour l’heure, ce sont les « déshérités » laïcs qui les premiers, vont faire parler « le fer » ! Ils considèrent et n’ont pas tout à fait tort, que la mainmise foncière monacale s’apparente fort à une escroquerie, nous dirions aujourd’hui un « trafic d’influence », en exploitant l’angoisse de croyants fragilisés car inquiets pour leur devenir dans l’Au-delà. Dès la seconde moitié de ce siècle, les cavaliers attaquent, brûlent certains prieurés, molestent les moines, un peu partout en Provence notamment ; comme ces descendants d’Augier Ier prince de Riez, petits-fils d’Adalgarde, fils de feu Augier de Brauch, qui chevauchent dans la région entre 1067 et 1109 (Lérins n°206, 220,…). Non, les chrétiens de ce temps n’étaient pas si naïfs, eux qui osaient agresser un clergé accusé d’avoir usurpé des terres qui leur revenaient au moins en partie. Mais si ces tentatives de « récupérations » perturbèrent pendant longtemps le pays, elles seront vouées à l’échec. Les moines appellent au secours, papes, évêques et grands de ce monde,…

En conclusion, après l’explosion démographique des familles seigneuriales en relation avec l’extrême division des héritages, si nous cherchions un second grand motif aux Croisades maintenant imminentes, il est là ! Que la colère de « chevaliers » frustrés soit canalisée vers un autre objectif que les monastères, principalement dans le Midi, devenait impératif et urgent. Mais le problème de fond lié à l’enrichissement excessif des abbayes demeurera et lorsque certains rescapés seront de retour… on en reparlera !

- Récapitulatif de biens reçus par les abbayes dans le diocèse de Glandèves au XIème siècle.

(liste non exhaustive)

1 - au monastère St Honorat de Lérins :

- Puget-Théniers : église paroissiale Ste Marie de la Roudoule avec nombreuses terres et tous leurs biens donnés par dix tenanciers dont un Augier et un Roman ;

- Puget-Rostang : nombreuses terres ;

- Saint-Auban : nombreuses terres ;

- La Faye-Saint-Auban : terres ;

- Le Mas et Sigale : terres ;

- La Rochette : le prieuré avec terres, église de St Martin, chapelle de St Saturnin ;

- église St Martin de « Laco » et terres ;

- église St Saturnin de Briançonnet et terres (997) ;

- églises St Jean d’Aurelle, Ste Marie de Roquestéron, St Jean de Cuébris (1028) ;

- Toudon, Revest et La Caïnée : terres (1032) ;

- Massoins et Baïrols : terres et moulins (1040) ;

- église St Martin de Baïrols et terres (1046) ;

- monastère de St Eusèbe (1046) ;

- le 1/4 de Briançonnet et le 1/5 des Mujouls (1081) ;

- église St Jean de Revest et terres (1091) ;

- église paroissiale de Saint-Antonin (1091) ;

2 - au monastère St Victor de Marseille :

- prieuré de La Penne, église Ste Marie du Plan et terres (rappel) ;

- église paroissiale St Pierre de La Penne (rappel) ;

- église St Sépulcre des Mujouls ;

- église St Pierre de la clue d’Aiglun (1039) ;

- églises de Saint-Cassien, d’Amirat et Avenos avec terres (1043) ;

- église St Pierre de Bonvillar (Saint-Pierre) (1044) ;

- terres et fournil de Chaudol (1044).

Remarques : a) - ces donations se rajoutent aux biens déjà conventionnellement acquis lors de la conquête de 972, comme ceux de La Penne rappelés ici et sans oublier l’église St Raphaël de Chaudol ;

b) - les acquisitions tardives comme celle de Saint-Antonin signifient que précédemment, l’église était tenue : - soit par un prêtre issu du laïc ; - soit déjà par un ou plusieurs moines détachés auprès de l’évêque et rémunérés par lui. Cette alternative peut aussi concerner les paroisses d’Ascros, Sallagriffon et Collongues dont il n’est jamais question et où les moines pouvaient officier sans y posséder de biens propres.

N.B. : entre 1110 et 1115, Imbert évêque de Glandèves cède son église St Georges des Ferres au monastère de Lérins (charte n°183). L’acte fut rédigé et signé au « castrum de La Penne de Chanan » mais on ne sait pas dans quel bâtiment ou maison. Donateur et donataire avaient donc accompli une partie du chemin pour se rencontrer. Outre l’évêque assistaient : son chanoine Isnard et Guillaume fils de Pierre (probablement un seigneur des Ferres) qui donnent leur accord, puis les bénéficiaires : Pierre abbé de Lérins et ses moines Aldebert de Blégiers, Bernard « Rabe », Raimond d’Annot, Aldebert de Cucuron, Bertrand de Châteaurenard et enfin, Asso un chevalier accompagnateur (à noter qu’il n’y avait pas de représentant de la seigneurie de La Penne ; absent ou résidant au loin ?).

Claude Augier - décembre 2000


Sommaire du fascicule 5 : La Penne

Liguro-Burgonde et Provençale au Moyen-âge « Les premiers pennois »


Sommaire

Sommaire du fascicule 1 : La Penne en Val de Chanan - Introduction

Sommaire du fascicule 2 : La Penne Ligure "Au pays des Bérétins"

Sommaire du fascicule 3 : La Penne liguro-romaine "Les bérétins au combat"

Sommaire du fascicule 4 (1ère partie) : La Penne gothique I "Les bérétins en marge de l'histoire du haut moyen-âge" (406-972)

Sommaire du fascicule 4 (2nde partie) : La Penne gothique II "Les bérétins en marge de l'histoire du haut moyen-âge" (406-972)


Les autres fascicules de la Chronique Historique seront bientôt disponibles.

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1 - Tel ce Guillaume Grimaldi moine de Lérins vivant à la fin du XVème qui voulant faire remonter l’ancienneté des « Grimaldi » au Xème siècle, rédigea ainsi une « charte de l’époque » mentionnant qu’ils avaient fondé Grimaud ! Or ce site avait été donné à un certain Gibelin-Grimald par les comtes de Provence (St Victor n°589) et les Grimaldi de Gênes bannis de cette ville, ne débarquent en Provence pour la première fois qu’en 1270 !